La monarchie française d’après Claude de Seyssel, par Léon Gallet

La monarchie française d’après Claude de Seyssel, par Léon Gallet L'institution royale jugée par un étranger

À partir de l’œuvre majeure de Claude de Seyssel, La Grand monarchie de France, Léon Gallet éclaire un moment décisif de la pensée politique française : celui où la monarchie cherche à se consolider sans se livrer à l’arbitraire du modèle politique de Machiavel. Loin d’un simple éloge du pouvoir royal, son étude met en valeur une conception nuancée de la royauté, définie par l’équilibre entre autorité du roi, coutumes du royaume, rôle du Conseil, justice, religion et respect des ordres sociaux. En replaçant la Grand Monarchie de France dans le contexte troublé du passage de Louis XII à François Ier, Gallet montre aussi qu’il s’agit moins d’un traité abstrait que d’une réflexion de circonstance, à la fois prudente, critique et profondément enracinée dans la tradition politique française. C’est cette tension entre force monarchique et limitation traditionnelle du pouvoir qui donne à ce texte sa portée durable et qui pourrait inspirer nos temps perturbés.

[La Rédaction]

Introduction de Vive le Roy

« La monarchie française d’après Claude de Seyssel », article de Léon Gallet tiré de la Revue historique de droit français et étranger, 4e série, 23e année, tome XXII, Librairie du Recueil Sirey, 22, rue soufflet, paris, 5e, 1944, p. 1-34.

AVERTISSEMENT : Les titres notés [VLR] et tous les sous-titres ont été ajoutés par la Rédaction pour faciliter la lecture en ligne.


Introduction [VLR ]

Parcours d’un homme d’influence : une vie entre Savoie et France

Le Savoyard Claude de Seyssel a occupé une place importante dans la pensée et la vie françaises au début du XVIe siècle, comme le feront après lui en sens divers les François de Sales, Vaugelas et tant d’autres1.

Notre personnage naquit en 1450 à Aix-les-Bains, d’une famille, celle des barons de Seyssel et d’Aix, qui avait joué un rôle notable au service des ducs de Savoie2. Après sa première éducation, Claude de Seyssel fut étudiant en droit aux Universités de Turin et de Pavie. En 1486, il revint à Turin, où il exerça les fonctions de professeur à la Faculté de droit pendant plusieurs années. Les traditions de sa province natale, ses goûts personnels et les circonstances l’amenèrent ensuite à entrer au service de la monarchie française.

Une carrière au service de la monarchie française : diplomatie et engagement

C’est à elle qu’à partir de 1498 il va consacrer une longue période de son activité. Membre du Parlement, il sera chargé des négociations les plus délicates, en particulier dans les affaires italiennes. Entièrement dévoué à Louis XII, il le servira avec zèle et bonheur. Cette activité ne cesse qu’au début de 1515, avec l’avènement de François Ier. Claude de Seyssel abandonne alors ses fonctions publiques.

Depuis longtemps entré dans les ordres, pourvu de l’évêché de Marseille, il va désormais se consacrer à ses charges ecclésiastiques. Il devient en 1517 archevêque de Turin ; c’est là qu’il partage les dernières années de sa vie entre les devoirs de son ministère et le rôle de conseiller du duc de Savoie, et qu’il meurt le 30 mai 1520.

Une œuvre variée : droit, littérature et réflexion politique

Claude de Seyssel n’a pas eu seulement une carrière remplie par les activités les plus diverses, il a laissé également une œuvre abondante et variée3.
– Professeur de droit, il a été l’auteur de divers traités juridiques, notamment d’un Speculum Feudorum, ouvrage fort apprécié en son temps, où il essayait de présenter un exposé systématique de la matière des fiefs4.
– Son labeur juridique se doubla de bonne heure d’une véritable passion littéraire. Vivant aux origines de la Renaissance, et touché par la grâce antique, il manifesta sa ferveur en éditant de nombreuses traductions d’ouvrages grecs et latins5.
– Son activité politique au service de la France l’amena à faire œuvre d’historiographe, et à célébrer les mérites de Louis XII dans divers écrits6.
– Enfin, une fois entré dans les ordres, il consacra plusieurs travaux à des questions théologiques7.

Ces œuvres si diverses offrent le trait de rester rarement sur un plan purement spéculatif. Cl. de Seyssel, par ses goûts et par sa carrière, est constamment tourné vers les problèmes de l’action, et en particulier celle qu’il prise le plus, l’action politique. Non seulement dans ses écrits historiques, mais aussi dans ses traités théologiques et dans ses traductions littéraires, il cherche des solutions ou des exemples applicables au gouvernement des hommes ; la préface de la traduction d’Appien, par exemple, contient tout un essai de définition de la monarchie capétienne. Et ainsi de longue date se prépare celle de ses œuvres qui va rester de beaucoup la plus connue, la Grand Monarchie de France.

La Grand Monarchie de France : un traité pragmatique pour éclairer François Ier

Cet ouvrage, composé au début de 1515 et paru en 15198, se présente sous la forme d’un traité adressé à François Ier et destiné, comme l’indique le prologue, à éclairer le roi sur les grands problèmes du royaume. Ce n’est pas du tout un exposé systématique de doctrine politique, comme beaucoup d’œuvres de la même époque ; nous verrons que l’influence des théories y est assez réduite. L’auteur se borne à donner des avis et conseils sur les points qu’il estime les plus importants.

La Grand Monarchie est assez mal composée ; elle laisse de côté beaucoup de questions, et donne aux autres une importance très inégale ; elle a constamment une allure pragmatique.
– Dans les deux premières parties du livre, l’auteur expose les principes du système monarchique français, tels qu’il convient de les maintenir ; c’est là qu’on trouve les formules bien connues sur le caractère tempéré de la monarchie, qui n’est ni trop absolue, ni trop restreinte, mais bornée par des freins et brides, et qui se limite elle-même.
– Les trois dernières parties sont consacrées ensuite à l’examen de problèmes pratiques particulièrement importants : moyens d’accroître la force militaire du royaume ; manière de se comporter dans les négociations diplomatiques et de gouverner les pays conquis.

Objectifs de l’article : analyser la conception seysselienne du pouvoir royal

Nous n’avons pas l’intention d’examiner ici l’ensemble des vues politiques de Cl. de Seyssel9 ; notre but est simplement d’étudier sa conception du pouvoir royal, de ses principes et de son fonctionnement. Cette théorie, qui se présentait de façon particulièrement heureuse, a eu une grosse influence pendant tout le XVIe siècle ; et on a justement remarqué que toute étude des doctrines françaises de cette époque devait commencer par un examen des thèses seysseliennes10. Aussi traités et manuels lui réservent-ils des mentions notables11.

Dans les deux ouvrages de Dufayard et de W.-R. Lewin, un chapitre est consacré à l’étude des tendances politiques, et en particulier à notre sujet12.

Il reste cependant bien des nuances à préciser, des interprétations nouvelles à établir, des compléments à apporter.
– Dans ce travail, nous reprendrons tout d’abord en détail l’analyse de la conception seysselienne. On a trop tendance à la systématiser en quelques formules ; nous voudrions montrer davantage son caractère extrêmement nuancé, presque flottant par endroits.
– Après cette analyse, nous essaierons dans une deuxième partie de préciser l’inspiration et la portée d’une théorie qui paraît à un moment particulièrement important de l’évolution politique française et de la pensée européenne ; nous indiquerons qu’à notre sens il faut, non pas étudier la Grand Monarchie en elle-même, mais la considérer comme une œuvre de circonstance destinée à combattre les tendances nouvelles et à mettre François Ier en garde contre elles.
– Il nous restera enfin à souligner dans un bref tableau l’influence que Cl. de Seyssel a exercée sur le développement ultérieur des doctrines.

La difficulté d’une étude de ce genre est d’obliger l’auteur à passer en revue un grand nombre de faits et de courants d’idées. Pour ne pas étendre outre mesure les dimensions de cet article, nous serons amené à restreindre les développements et la bibliographie pour toutes les questions qui ne touchent pas l’essentiel de notre sujet : la pensée seysselienne sur le système monarchique français.

Analyse de la théorie seysselienne.

Méthode d’analyse : suivre la Grand Monarchie et ses compléments

La meilleure façon de présenter les conceptions seysseliennes nous paraît être, non pas de procéder à une reconstruction d’ensemble, mais de suivre le plus fidèlement possible l’exposé essentiel, celui de la Grand Monarchie, en le complétant par les vues éparses dans les autres œuvres, ce qui permettra de faire apparaître successivement les divers éléments de la théorie.

Les formes de gouvernement : une préférence pour la monarchie

La Grand Monarchie débute par un examen des diverses formes d’États. Elle paraît à une époque où l’ancienne structure politique française se transforme sous les développements de l’absolutisme et où le renouveau de la pensée antique amène à poser la question du meilleur gouvernement.

Cl. de Seyssel examine ce problème, mais assez brièvement, puisqu’il ne lui consacre que cinq chapitres au début de la première partie13. Suivant les conceptions traditionnelles, il distingue les trois formes possibles de gouvernement : monarchique, aristocratique et démocratique ou populaire (1re part., chap. Ier)14.

L’état populaire lui paraît présenter des vices graves, qui tiennent à ce qu’il est soumis aux passions et aux envies de la foule ; l’exemple des Romains montre qu’il est sujet à trop de troubles pour pouvoir durer (1re part., chap. II)15. Bien que Cl. de Seyssel ne le dise pas, il est probable que son jugement sévère a été influencé par ce qu’il a observé dans les cités italiennes, où l’activité politique des masses formait un véritable volant révolutionnaire au service des entreprises de démagogie ou de tyrannie.

Visiblement, l’idéal démocratique ne séduit aucunement notre auteur ; en ce qui concerne le gouvernement aristocratique, au contraire, son appréciation est bien différente. Cet état lui paraît présenter les garanties de sagesse et de continuité16 qui ont permis de réaliser à Venise un empire ordonné et florissant. Ce qu’il entend par là, ce n’est pas une aristocratie de naissance, mais un système où les gens de bien sont choisis par élection et sujets par conséquent à contrôle17. Le danger d’ailleurs, il le souligne, c’est de voir dégénérer cette organisation en oligarchie18, comme le montre l’exemple des Vénitiens, qui ont fini par se déchirer en multiples factions (1re part., chap. III).

On ne peut donc pas dire que Cl. de Seyssel place au premier rang l’aristocratie ; il conclut nettement en faveur du principe monarchique dont l’avantage essentiel est de mieux remédier aux crises graves qui peuvent menacer un état19. Ce système lui paraît, à tout prendre, le meilleur.

Cela se preuve par raison divine, humaine, naturele et politique (fol. 8 r°).

La Grand Monarchie n’insiste guère sur ce point. Cl. de Seyssel ne fait que résumer sa conception générale de la société, que nous trouvons exposée dans l’ensemble de ses œuvres, et qui est conforme aux traditions médiévales.

Une société organique : hiérarchie et nécessité d’une autorité unique

Cette conception a un caractère organique très marqué. Elle ne met l’accent ni sur l’individu, ni sur la théorie abstraite de l’État, mais sur la constatation que la société se compose de groupes vivants, hiérarchisés et coordonnés20.

L’État, les groupes, les individus ont tous une même fin suprême, qui est de permettre à l’homme la réalisation de son salut éternel.

Mais les groupes humains ont des intérêts divers et opposés. Le problème politique est de savoir comment coordonner leur action et empêcher les antagonismes. C’est ainsi que l’on arrive à la nécessité d’une autorité supérieure et unique. La tête doit coordonner l’activité des membres, suivant l’image si fréquemment évoquée.

Il faut toujours revenir à ung chief en toutes choses, et la pluralité des chiefs et princes est pernicieuse (fol. 8 r°)21.

La monarchie est indispensable pour fonder les États ; elle l’est aussi pour les faire durer. Car, comme un organisme physique, toute société a une croissance et une vieillesse ; elle est sujette à des maladies. Pour vivre, il lui faut un bon traitement : et toutes choses naturelles se conservent par les mêmes moyens qu’elles ont été faites et introduites22.

Une fois fondée, la monarchie se détache de la personne du prince ; elle devient l’autorité durable qui, au delà des troubles passagers, maintient la cohésion de l’état23. L’histoire montre d’ailleurs que les royaumes de l’antiquité et des temps présents ont plus duré que tous autres gouvernements, et de façon plus paisible24. Cela est vrai surtout dans les cas où le pouvoir se transmet par succession, principe qui évite beaucoup mieux les troubles que le système électif (1re part., chap. V).

Cl. de Seyssel est résolument partisan de la monarchie ; sans pour cela négliger les imperfections qui peuvent la menacer et qui tiennent essentiellement au danger du mauvais monarque25. Mais la monarchie, c’est l’institution qui dure et non pas le monarque qui passe ; cette notion de durée est le facteur politique essentiel.

La monarchie française : un pouvoir ni trop absolu, ni trop restreint

Tout particulièrement, la royauté française parait à Cl. de Seyssel représenter le type du gouvernement idéal. Elle a, en effet, deux « spécialités » importantes.
– La première consiste dans les règles de constitution qui régissent la transmission de la couronne ; notre auteur évoque la fameuse question de la loi salique, mais sans s’y attarder, car il s’agit d’un point depuis longtemps réglé (1re part., chap. VII).
– Il consacre ensuite tous ses développements à examiner l’autre spéciaulté, qui tient à l’exercice du pouvoir. L’excellence de la monarchie française consiste en ceci qu’elle n’est un pouvoir ni trop absolu, ni trop restreint (1re part., chap. VIII).

Elle est suffisamment absolue, au sens où les hommes du début du XVIe siècle entendent cette expression, c’est-à-dire qu’elle a su imposer son autorité aux multiples organismes issus de l’âge féodal. Les résultats auxquels était parvenue la royauté de Louis XII frappaient d’admiration les étrangers26. La Grand Monarchie, dans de multiples passages, insiste sur l’idée que toute justice vient du roi ; que les fonctionnaires dépendent de lui seul, etc…27. Cl. de Seyssel, à ce point de vue, se rattache au courant absolutiste, marqué par l’influence des légistes, tel Ferrault qui, sous Louis XII, compose un traité destiné à exposer les principes de jurisprudence que les cours souveraines appliquent dans toutes les affaires où le pouvoir royal est en cause28.

Dans la Grand Monarchie, l’effort de concentration est moins complet ; l’idée que le roi fait la loi est subordonnée au respect prédominant de la coutume ; de même le droit royal d’imposer est maintenu dans d’étroites limites29. Malgré ces nuances, il s’agit bien d’une monarchie centralisée. Mais ce point, désormais acquis, n’a pas besoin d’être souligné ; ce qui préoccupe Cl. de Seyssel, au contraire, c’est de montrer dans quel sens le système français est écarté et doit rester éloigné de tout arbitraire.

Nous retrouvons ici la même conception d’ensemble. La royauté a pour tâche de réaliser la civile et politique union des corps ; mais elle ne doit pas attirer à elle toute la force de la société. La perfection se trouve dans l’accord de la tête et des membres30, dans un point d’équilibre entre la centralisation et les libertés nécessaires ; et c’est cela que réalise la monarchie française.

Dans la préface de la traduction d’Appian, Cl. de Seyssel expose que, à bien prendre, l’Empire français participe de toutes les trois voies du gouvernement politique31 ; c’est une formule un peu dangereuse qu’on lui reprochera plus tard. La Grand Monarchie se borne à déclarer que…

… le chief et tous les membres d’icelle (royauté) sont réglés par si bon ordre qu’à grand peine peuvent venir à grande dissension et dissonance (fol. 10 r°).

Les trois freins de la monarchie : religion, justice et police

Le point capital, en effet, c’est que le péril de la monarchie, au cas où les rois sont « destravés et volontaires » (fol. 11 v°), se trouve limité par un certain nombre de bornes. Cl. de Seyssel énumère les trois freins bien connus :
– la religion,
– la justice
– et la police32.

En réalité, il suffit de parcourir la suite du texte pour constater que deux autres bornes importantes sont prévues :
– l’une tient au statut traditionnel des ordres et des classes ;
– l’autre à la pratique constante du conseil.

Les deux premières parties de la Grand Monarchie sont surtout consacrées à exposer en quoi consistent ces limitations et comment elles doivent être entretenues. Suivant le même ordre, nous allons les examiner successivement ; après quoi nous montrerons comment tout le système dépend de la personne même du roi.

Le principe des trois freins est exposé dans la première partie du livre ; puis dans la seconde partie sont examinés les meilleurs moyens de les entretenir.

Le frein de la religion : un rôle politique et moral

Le premier est celui de la religion (1re part., chap. IX). Elle joue dans la conception seysselienne un rôle prédominant ; son État a la clef de voûte au ciel33. Étant donné qu’en toutes choses le commencement doit procéder de Dieu, et la fin être ordonnée à lui, tout bon roi doit garder sur toutes choses le premier point de la religion34.

Il en est ainsi tout particulièrement en France, pays très religieux, où les monarques portent le titre de Très Chrétiens et sont plus tenus à Dieu que nul prince qui soit sur la terre, à cause de leur prospérité matérielle et aussi des grâces spirituelles qui leur ont été accordées.

Il faut remarquer que la religion lie le prince non seulement à Dieu, mais également à ses sujets, et cela d’une double façon.
– Tout d’abord elle asseoit et fortifie le pouvoir. Le peuple respecte le roi et lui obéit parce qu’il est le représentant de Dieu. Et Cl. de Seyssel en tire un conseil très pratique, c’est qu’il est utile pour le prince de tout au moins faire semblant d’être homme religieux. Il doit faire connaître au peuple…

… par exemple et démonstration actuelle et extérieure qu’il est zélateur et observateur de la foy et religion chrétienne » (fol. 42 v°).

Cette couleur et apparence de religion et d’avoir Dieu de son costé a toujours donné grande faveur, obéissance et révérence à tous princes (fol. 43 r°).

– Mais la religion exerce en même temps une autre fonction politique ; elle constitue une barrière contre les excès de pouvoir. Un chrétien a confiance dans un autre chrétien, parce qu’il espère que celui-ci conformera sa conduite à l’idéal moral qu’il professe, idéal qui, d’après Cl. de Seyssel, commande avant tout la modération et l’éloignement de tous excès35. Il y a là une limite qu’un monarque religieux doit observer, qu’il ne peut guère outrepasser, et qu’en pratique les rois de France ont généralement respectée. En cas extrême, la religion fournirait le moyen de ramener le monarque dans le droit chemin.

Il est loisible à ung chascun prélat vu à aultre homme religieux bien vivant et ayant estime envers le peuple, le luy remonstrer et incréper, et à ung simple prescheur le reprendre et arguer publiquement et en sa barbe » (fol. 13 v°).

Et le roi n’oserait s’y opposer, de peur de s’attirer la malveillance du peuple.

À tous ces points de vue, Cl. de Seyssel, homme très dévot (au moment où il compose la Grand Monarchie), fait jouer à la religion un rôle éminemment pratique. Il s’ensuit pour le prince un certain nombre de devoirs. Il doit affirmer sa dévotion, défendre la foi chrétienne contre les hérésies, tenir en révérence le siège apostolique, protéger toutes les églises, remplir les engagements assumés lors de son sacre (2e part., chap. XII).

Il y a un point d’actualité particulièrement important, auquel sont consacrés les chapitres XIII et XIV de la deuxième partie, c’est celui de la réformation des prélats. Le roi doit prêter grande attention à la nomination des évêques, refréner leurs abus et les obliger à la résidence. Les prélats suivent les cours ecclésiastiques ou séculières, désertent les provinces, portent leurs deniers à Rome « pour la rapacité de la court romaine » (fol. 39 v°), qui est jugée avec une sévérité visible. Y porter remède est une nécessité politique de premier ordre ; car toute amélioration religieuse concourt au salut de l’État.

Le frein de la justice : le rôle des Parlements et des officiers royaux

Le deuxième frein est celui de la justice (1re part., chap. X)36. On s’attendrait à voir évoquer la question des Parlements. En réalité, la formule de Cl. de Seyssel est assez vague ; il expose que la justice est plus autorisée en France que partout ailleurs, …

… mesmement à cause des parlements qui ont esté instituez principalement pour ceste cause et à ceste fin de refréner la puissance absolue dont vouldroient user les roys (fol. 14 r°).

– Ce qu’il vise c’est uniquement leur fonction judiciaire. L’organisation des tribunaux en France limite le pouvoir monarchique d’abord en ce sens que les rois sont sujets quant à la justice distributive, …

… on a raison à l’encontre d’iceulx aussy bien qu’à l’encontre des subjectif (fol. 14 r°).

– D’autre part, l’intervention du prince dans les procès entre particuliers ne s’exerce que sous contrôle, que ce soit en matière civile ou criminelle37. Tel est le bienfait d’un système où la charge de rendre la justice est confiée à de grands personnages et exercée par des officiers perpétuels qui ne peuvent être déposés, sinon pour cause de forfaiture.

Aussi le roi, dont le premier office est de maintenir et faire justice, doit-il entretenir soigneusement ce frein (2e part., chap. XV et XVI). Pour cela, il n’y a qu’à conserver les règles établies, ne donner les charges qu’aux personnes les plus méritantes ; se garder d’intervenir lui-même pour recommander une partie plutôt que l’autre, ou pour accorder des rémissions dangereuses ; tout faire pour que le cours des procès soit abrégé le plus possible. De cette façon, les gens des étais se maintiendront en accord entre eux et en « bonne amour et voluntaire obeyssance du prince » (fol. 41 r°) ; sinon, il n’y aurait plus qu’un moyen de gouvernement, le périlleux emploi de la force.

Cet exposé de Cl. de Seyssel suscite deux observations.
– La première concerne le rôle des officiers royaux ; une importance primordiale est attachée à l’existence d’un statut garantissant leur indépendance. On y trouve l’écho des préoccupations qu’expriment à la même époque les grands serviteurs de la monarchie. Dans l’intérêt de la couronne elle-même, ils veulent s’affranchir de toute sujétion trop étroite vis-à-vis du roi actuel ; l’inamovibilité leur paraît la condition indispensable pour servir un principe et non une personne38.
– D’autre part, nous remarquons combien Cl. de Seyssel est réservé à l’égard des Parlements39 ; il ne mentionne même pas le droit d’enregistrement et de remontrances. Or les théories parlementaires étaient déjà nettement affirmées au début du XVIe siècle ; c’est volontairement que l’auteur de la Grand Monarchie les passe sous silence, et nous touchons ici un des points essentiels de son système. Il veut une monarchie éloignée de tout arbitraire, mais il espère qu’elle se limitera elle-même40. Il est hostile à toute idée d’organes jouissant d’une autorité propre, car ainsi se créeraient des conflits insolubles. Il compte beaucoup plus sur la force des traditions et des coutumes, qui s’imposent au monarque, comme nous allons le constater.

Le frein de la police : lois fondamentales et coutumes

Avec le troisième frein, en effet, celui de la police, nous abordons un domaine très large. Il s’agit d’une expression qui a été entendue dans l’ancienne France en des sens bien divers. Tout le monde admet que dans la Grand Monarchie, elle désigne la question des lois fondamentales. C’est bien ce point qui est visé dans le chapitre XI de la première partie :

plusieurs ordonnances qui ont esté faictes par les roys mesmes et après conservées et approuvées de temps en temps, lesquelles tendent à la conservation du royaulme en universel et particulier » (fol 15 r°).

Cl. de Seyssel considère que leur force obligatoire vient de la coutume. Elles…

… ont esté gardées par tel et si long temps que les princes n’entreprennent point d’y déroger, et, quand le vouldroient faire, l’on n’obeist point à leurs commandemens (fol. 15 r°).

Cependant leur formation n’est pas purement coutumière ; l’idée perce qu’à l’origine elles ont été l’œuvre des rois ; il y a là une nuance à souligner. De ces lois, une seule est mentionnée explicitement, celle de l’inaliénabilité du domaine de la couronne41. L’aliénation ne peut en être faite que pour cause de nécessité approuvée par les cours souveraines42. La disposition des fruits eux-mêmes est soumise au contrôle de la Chambre des comptes, ce qui tend à empêcher les largesses excessives, et par suite les levées d’impositions nouvelles43.

Si le chapitre que nous venons de résumer concerne bien les lois fondamentales, il faut remarquer cependant que le terme de police a fréquemment chez Cl. de Seyssel un sens beaucoup plus général. En de multiples passages (2e part., chap. XXV ; 4e part., chap. I), il désigne la manière de gouverner le royaume aussi bien au dehors qu’au dedans. Plus particulièrement, dans le chapitre XVIII de la deuxième partie, l’auteur rappelle la nécessité de maintenir les lois, ordonnances et louables coutumes de France, ce qui est une expression très large ; et, après avoir insisté de nouveau sur l’inaliénabilité du domaine, il termine en évoquant le respect du statut des ordres.

Sa pensée est évidemment très flottante ; cet article de la police lui parait « le plus difficile à desmesler » (fol. 44 v°). Il est visible cependant qu’il y fait rentrer non seulement la question des lois fondamentales, mais le maintien de toutes les pratiques coutumières concernant le gouvernement du royaume. La difficulté est alors de distinguer ce qui doit être intangible et ce que la vie amène à modifier ; d’où les imprécisions et les lacunes voulues. Mais nous saisissons bien le fond de la pensée seysselienne : une monarchie limitée par les grandes traditions.

La société comme corps mystique : noblesse, bourgeoisie et peuple menu

Parmi les règles traditionnelles que la royauté doit conserver, une catégorie particulièrement importante est celle qui concerne le statut des classes et des ordres. Cette question occupe une grande place dans la Grand Monarchie ; notre auteur consacre sept chapitres dans la première partie à définir ce statut, et huit chapitres dans la partie suivante aux moyens de l’entretenir. Cette importance découle tout naturellement de la conception qui considère la société comme un corps mystique. Les classes sont les membres de l’État ; chacune a ses droits et prééminences suivant sa qualité ; tant qu’ils seront maintenus, le corps social restera sain.

Il s’agit, d’autre part, d’un problème particulièrement actuel au début du XVIe siècle, à une époque où des transformations graves se produisent ou s’annoncent44. La Grand Monarchie permettrait une longue étude sur ce sujet ; mais nous n’en retiendrons que ce qui concerne la conception générale du système monarchique45.

Les théoriciens français distinguent généralement trois ordres : l’Église, la Noblesse et le Tiers État. Cl. de Seyssel adopte un autre point de vue ; il étudie successivement la noblesse, le peuple moyen, et le peuple menu, mettant à part l’état ecclésiastique. C’est ainsi que l’on fait, dit-il, en certains autres pays ; visiblement il s’inspire de la classification observée dans les cités italiennes.

Le premier état est celui de la noblesse46. Il est mieux traité en France que partout ailleurs. La noblesse y jouit de prérogatives fiscales et militaires ; elle a plusieurs moyens de vivre honorablement : le service du monarque et des princes, la gendarmerie, les offices et charges du royaume. C’est à cet état que le roi doit porter ses meilleurs soins, lui garder ses droits et prééminences, y recruter ses propres serviteurs, en faisant attention non seulement à leurs mérites, mais à la vertu de leurs maisons47. Cl. de Seyssel, par ses origines, est plein de tendresse pour la noblesse. Il y a évidemment le danger que cet ordre ne témoigne trop d’insolence et le prince doit savoir éventuellement refréner les ambitieux. Mais plus encore, le souci essentiel sera de le protéger contre les entreprises des autres états : officiers de justice qui font traîner les procès pour s’approprier les héritages nobles, marchands qui exploitent les désirs fastueux de la noblesse pour mieux la ruiner48.

Le peuple moyen — la Grand Monarchie dit aussi le peuple gras — est celui de la bourgeoisie, dont Cl. de Seyssel saisit toute l’importance en plein développement au début du XVIe siècle49. Ses membres se livrent au négoce ; ou bien deviennent titulaires d’offices, qui sont plus nombreux en France qu’en autre pays de la Chrétienté. Cet ordre est florissant et presque mieux traité que le premier. Il y a peu de chose à faire pour lui, sinon assurer une sage politique économique qui permettra d’accroître la richesse.

Le troisième état, celui du peuple menu, se livre au travail de la terre et aux arts mécaniques50. Cl. de Seyssel s’en défie fortement ; sans doute, il constate bien que dans un corps il faut des membres inférieurs, mais il craint l’esprit d’envie et de sédition chez ceux qui ont le naturel désir de « parvenir à plus haut degré, se voyant estre au plus bas » (fol. 19 v°). Le prince doit défendre le peuple, le protéger contre les gens d’armes, lui éviter les surcharges d’impôts ; il y a dans la Grand Monarchie et ailleurs des accents de pitié vis-à-vis des classes populaires. Mais lorsqu’il s’agit de l’ordre politique et social, la sagesse traditionnelle consiste à maintenir chacun à sa place.

Quant à l’état ecclésiastique, il ne constitue pas à proprement parler une classe séparée, car il est commun aux trois autres. Par lui, gens de la noblesse ou du peuple peuvent parvenir aux fonctions les plus hautes. Mais il faut éviter que les dignités ne soient attribuées aux favoris du roi ou de la cour romaine, et pour cela maintenir la liberté des élections ; l’auteur expose les théories des gallicans parlementaires, protestant par avance contre le concordat de 151651.

Nous avons brièvement résumé le long exposé de Cl. Seyssel. Sa théorie est profondément conservatrice ; il faut sans doute que les gens puissent s’élever par leurs mérites aux rangs supérieurs de la société, mais ce sont des possibilités d’ascensions individuelles assez limitées ; en général, ce que la nature a établi est bien réglé. Maintenir le système traditionnel est un facteur politique essentiel, en France tout particulièrement. Dans le respect des droits et activités de chaque état, se trouve la garantie et l’harmonie entre un pouvoir royal fort et les libertés des classes ; ainsi se réalise la combinaison entre le système monarchique et une certaine participation de démocratie et d’aristocratie, au sens véritable où l’entend la Grand Monarchie52. Respecter cet ordre coutumier est une des plus grandes traditions qui s’imposent au souverain, une des plus efficaces limites contre son arbitraire ; s’il voulait se montrer « volontaire », il détruirait le corps social et la monarchie elle-même.

Le rôle du Conseil : garantie contre l’arbitraire royal

La dernière série de limitations du pouvoir royal concerne la question du conseil, à laquelle sont consacrés les chapitres IV à IX de la seconde partie. Le monarque ne doit jamais se décider seul, mais après avoir pris les avis nécessaires. Cette exigence a toujours joué un grand rôle dans les théories, mais sans être entendue de la même manière ; on a cherché à la réaliser par le recours à des corps divers, sans s’accorder sur leurs attributions et leurs pouvoirs exacts. L’exposé de Cl. de Seyssel consiste à montrer la nécessité d’organiser trois sortes d’assemblées, suivant les affaires à traiter.

Il y aura d’abord un conseil dit général (2e part., chap. V). Il sera composé de notables personnages des divers états, tant d’Église que séculiers ; et tant de robe longue que de robe courte, comme évêques, princes du sang, chefs d’offices. Ce sera une assemblée casuelle, réunie pour des cas importants : entreprendre une guerre ou une conquête nouvelle, faire des ordonnances générales concernant la justice ou la police universelle du royaume53. Il est évident que Cl. de Seyssel a en vue les Assemblées de Notables, dont un grand usage avait été fait lors du règne de Louis XII54. Par contre, les États généraux ne sont guère plus mentionnés que le rôle politique des Parlements. Il y a simplement une phrase visant les hypothèses graves, pour lesquelles…

… il est quelquefois expédient d’appeller quelque petit nombre de gens des citez et villes capitales du royaume » (fol. 28 v°).

Cl. de Seyssel se défie des entreprises qui peuvent avoir une tendance démocratique. Il faut constater d’ailleurs qu’il est en accord avec les idées de son temps. Au début du XVIe siècle, la question des États généraux a cessé de passionner les esprits ; l’assemblée de 1484 a laissé le souvenir d’une expérience dangereuse et stérile. On les considère moins comme un organe régulier du gouvernement que comme une tentative pour régénérer l’État en période de crise55.

La fonction normale de donner des avis incombera à un second conseil, dit ordinaire (2e part., chap. VI). Il sera composé de gens sages et expérimentés, choisis en raison de leurs mérites, et recrutés en nombre limité, dix, douze ou guère plus. Le prince lui soumettra l’ensemble des questions de gouvernement, « les nouvelles matières qui ont besoin de consultation ». L’organe que vise la Grand Monarchie n’est pas autre chose que le traditionnel Conseil étroit ou Conseil privé. Ce qui préoccupe l’auteur, c’est de lui donner une meilleure organisation, dans le recrutement des membres, la limitation de leur nombre, la tenue régulière des séances, l’établissement enfin d’un président qui assure la continuité des délibérations.

Une idée plus neuve de Cl. de Seyssel est celle de l’institution d’un troisième Conseil, dit secret (2e part., chap. VII). Il ne comprendra que trois ou quatre membres, tirés du conseil ordinaire. Leur fonction sera de préparer les réunions de ce dernier, et également d’examiner à part certaines questions qu’il ne…

… faudroit pas communiquer à si grand nombre de gens pour l’importance des choses qu’il conviendrait estre moult secrètes (fol. 30 v°).

Notre auteur avait certainement remarqué, au service de Louis XII, le danger de traiter certains cas graves devant une assemblée. L’inconvénient avait déjà été senti auparavant ; et on peut penser que les suggestions de la Grand Monarchie n’ont pas été étrangères à la création par François Ier du Conseil dit « des affaires ». Cl. de Seyssel, d’ailleurs, insiste sur la nécessité de ne recourir à une pareille institution que pour des hypothèses vraiment exceptionnelles, sans quoi les autres conseillers se sentiraient contrôlés et perdraient cœur et confiance. Disons plus, cela permettrait au roi de réduire le contrôle au point de s’en passer. C’est bien ce qui se produira d’ailleurs avec François Ier, pour qui le Conseil des affaires sera un moyen de développer son absolutisme personnel56.
Cl. de Seyssel, dans tout ce développement, insiste sur la nécessité du Conseil,…

… que le monarque ne face aulcune chose par volonté désordonnée ne soubdaine (fol. 26 v°).

Dans tout un chapitre (2e part., chap. VIII), il expose que le prince doit donner autorité et réputation à ses principaux serviteurs. Nous retrouvons une idée fréquemment exprimée : c’est surtout par l’excellence et l’indépendance des serviteurs que vaudra la monarchie. Mais ici l’accent se fait plus pressant ; il faut que les conseillers puissent parler librement ; il faut que le roi se garde des délateurs. On sent la défiance contre François Ier, ou tout au moins l’intention très forte de le mettre en garde contre lui-même. Et cependant, malgré ce souci visible, notre auteur ne va pas au delà des principes traditionnels de la monarchie capétienne. Nulle part il ne cherche à dresser en face de l’autorité royale des corps disposant d’une autorité propre. Le Conseil, toujours nécessaire, n’émane que d’organes purement consultatifs ; c’est la royauté qui se l’impose elle-même.

Nous avons exposé comment, dans la conception seysselienne, la monarchie française atteint cette perfection remarquable d’être un gouvernement tempéré par les trois freins, par les privilèges traditionnels des ordres, par la pratique du Conseil. Cl. de Seyssel consacre à cette question la plus longue part de ses développements ; il insiste sur le fait que c’est ce caractère lui-même qui fait la force de la royauté.

Si elle estoit plus ample et absolue, elle en seroit pire et plus imparfaicte, tout ainsi que la puissance de Dieu n’est point jugée moindre pour autant qu’il ne peult pescher ne mal faire (fol. 45 r°).

En réalité, il faut bien reconnaître que la monarchie seysselienne se présente au fond comme un pouvoir à tendance absolue par sa nature. Tout vient du roi et tout dépend de lui ; il ne partage avec nul autre le pouvoir de décider ; les habitants du royaume sont des sujets et non pas des citoyens57. Les limitations qu’énumère longuement la Grand Monarchie sont réelles, mais peu rigoureuses58 ; c’est le monarque qui entretient lui-même les trois freins et qui s’impose volontairement le Conseil ; on espère qu’il voudra bien respecter le statut des ordres et les grandes traditions. La meilleure garantie se trouve dans l’existence d’une Certaine atmosphère morale et religieuse.

La centralité du roi : vertus, exemple et modération

Tout aboutit, finalement, à la personne du prince, dont le rôle est considérable dans un État à forme encore peu bureaucratisée. S’il présente les qualités nécessaires, il saura diriger avec toute la puissance dont il dispose, mais aussi toute la modération que lui imposent la loi divine et la pratique ancestrale.

Bien plus, le rôle du roi n’est pas simplement d’administrer l’État, mais aussi de conduire le peuple et de lui servir de modèle, comme un père à l’égard de ses enfants59. Par sa manière d’agir il est une véritable règle de morale et de vie pour ses sujets, une regula agendi, suivant la vieille tradition médiévale. Autant vaut le roi, autant valent l’État et le peuple.

Et pour ce qu’en cestuy estat monarchique le tout dépend du monarque, semble qu’il n’y fault aultre remède… fors qu’il soit bon et saige (fol. 24 r°).

D’où l’importance essentielle que présentent le caractère du prince et ses qualités d’homme60.
– Il doit être religieux, homme de bien, et menant une vie exemplaire.
– Il doit être courtois, modeste, sachant accepter les avis et conseils, et appliquant sa finesse à juger les hommes et leurs passions61.
– Il apportera enfin tous ses efforts à acquérir une science aussi complète que possible ; à connaître en particulier l’histoire, si pleine d’enseignements pour les souverains62.

Cette formation intellectuelle et morale est capitale, comme en témoignent tous les traités composés à l’usage des princes depuis Aristote jusqu’à l’époque présente63. On retrouve ici une préoccupation constante de maints auteurs ; c’est elle en particulier qui amène vers la même époque l’idéal d’une monarchie humaniste chez Budé ; Cl. de Seyssel insiste moins sur les qualités littéraires et davantage sur les vertus morales.

Une théorie entre absolutisme et modération : l’héritage de Louis XII

Les conceptions de la Grand Monarchie sont donc bien loin d’être novatrices. Cl. de Seyssel prend la monarchie française telle qu’elle a fonctionné sous ses propres yeux, mais prodiguant les conseils, parfois les avertissements, et suggérant des solutions pour que cette royauté à tendance absolue reste la meilleure possible. L’idéal dont il s’inspire est manifestement celui du gouvernement de Louis XII64.

Le beau titre de Père du peuple renferme toute sa conception du bon roi qui gouverne paternellement ses sujets, et qui sert de modèle à ses fils parce qu’il a su d’abord se diriger lui-même65.
Il n’en reste pas moins qu’il y a un certain flottement dans la théorie seysselienne, entre son fondement absolutiste et les pressants conseils de prudence qui y sont multipliés. Ce flottement, nous essaierons de l’expliquer en examinant le but exact de l’œuvre.

Inspiration et portée de la théorie seysselienne.

Un contexte intellectuel complexe : entre tradition et modernité

Il est toujours difficile d’apprécier une doctrine, de rechercher sa filiation par rapport à telle œuvre antérieure, de marquer sa correspondance avec les faits et les mouvements d’idées contemporains. Cette difficulté est particulièrement notable pour le début du XVIe siècle, époque de transition très complexe.

Dans les mêmes années que la Grand Monarchie paraissent en France les traités d’Alemain, de Furault, de Budé, et à l’étranger les écrits célèbres d’Érasme, Thomas Morus et Machiavel. On rencontre dans ces œuvres des éléments de formation très divers ; une tradition universaliste est aux prises avec le puissant développement du réalisme national ; les spéculations médiévales sur le pouvoir se combinent avec l’influence des textes antiques remis en honneur ; des traditions de vie issues de l’âge féodal sont peu à peu ruinées par la centralisation croissante. On trouve chez les auteurs des vues très pratiques, mais aussi les constructions les plus chimériques.

Seyssel et l’absence d’universalisme : une pensée centrée sur la France

Cl. de Seyssel est éloigné de tout esprit universaliste, que ce soit dans le domaine de la théorie ou de l’action politique. Il ne s’attarde guère aux grands problèmes de l’Empire et a simplement quelques phrases sur la puissance romaine, qui depuis…

… est venue à néant ou à si petite chose comme l’on voit (fol. 3 r°).

De même, la Chrétienté est pour lui une réalité religieuse, mais non politique ; il fait sans doute quelques allusions à l’honneur du nom chrétien, et la Grand Monarchie se termine par l’évocation de la croisade ; mais ce sont là surtout des formules de convenance66. D’une façon générale, il n’y a guère influence chez Cl. de Seyssel du courant « humanitaire », encore si puissant au XVIe siècle chez beaucoup d’auteurs67.

Ce qui le préoccupe exclusivement, c’est le salut du royaume de France, sa bonne constitution, et l’accroissement de sa force.
– Les considérations sur la diplomatie et les questions militaires tiennent une place importante dans la Grand Monarchie ; la guerre est considérée comme un moyen politique parfaitement acceptable, même entre nations chrétiennes68.
– L’esprit national et impérialiste conduit Cl. de Seyssel à un mercantilisme très accentué en matière économique69, il s’agit de rendre la monarchie française plus riche en deniers et par conséquent plus forte que les autres pays.
– Notons aussi comme très significatif l’emploi de la langue française et non pas du latin ; la Grand Monarchie occupe à ce titre une place dans notre littérature nationale70.

Une pensée médiévale : société organique et religion

Dans sa théorie de l’État, Cl. de Seyssel est fortement marqué par la formation médiévale. Sa conception générale de la société est très traditionnelle ; on y retrouve constamment l’image du corps mystique où chaque organe a sa fonction propre ; le monarque est à la fois un père et un modèle pour ses sujets.

On est loin de la construction étatique à laquelle était parvenue la pensée antique et que les théories du. XVIe siècle feront renaître. Cl. de Seyssel n’a guère l’idée d’une souveraineté ; pour lui, il y a des organismes et des pouvoirs qui existent ; empiriquement, il s’agit de savoir comment les faire fonctionner ; c’est un problème, non d’État, mais d’administration et de vie sociale.

Notons en second lieu le rôle prédominant que joue la religion. Elle se présente comme une fin ; l’idéal de la vie contemplative est le plus haut but que puissent viser les hommes. En même temps, elle est le moteur de la vie sociale. La Providence mène les États comme les individus ; des lois naturelles existent sans doute, qui régissent le cours des choses, la conservation des sociétés aussi bien que des corps physiques, mais ces lois ne sont pas autre chose que la manifestation du plan divin71. Enfin la religion fournit les bases de la morale, dans la dépendance de laquelle se trouve la politique72.

Signalons encore comme très médiévales les tendances extrêmement conservatrices de Cl. de Seyssel.
– Il n’aspire que rarement à changer quelque chose. Pour lui, le droit, c’est le bon vieux droit. Toute la police du royaume est fondée sur les anciennes traditions. Le principal devoir du monarque est de maintenir les règles coutumières, particulièrement en ce qui concerne le statut des ordres.
– Une transformation est surtout une réformation des anciens usages.
– C’est dans les réussites consacrées par le temps que se manifeste le plus clairement la Providence73.

L’influence limitée de la Renaissance et de l’Antiquité

Cl. de Seyssel est au contraire peu marqué par les influences nouvelles.
– L’antiquité n’agit sur lui que par l’intermédiaire du droit romain, dans la mesure où celui-ci a servi à réaliser la concentration des services publics sous l’autorité royale.
– La nouvelle Renaissance l’influence très peu au point de vue politique ; il connaît sans doute les auteurs anciens et les cite volontiers74, mais sans prolixité, et ils lui fournissent des exemples beaucoup plus que des éléments de construction doctrinale.

Il tire plus volontiers ses conclusions de ce qu’il a vu ou éprouvé par expérience et de la plus proche histoire.
– Parmi les contemporains, le système des gouvernements italiens l’a intéressé ; celui de Venise, avec son caractère aristocratique, a retenu son attention.
– Mais c’est surtout dans la tradition monarchique française qu’il puise ses conceptions75.

Un homme politique pragmatique : l’héritage de Commynes et des juristes

Les éléments de doctrine ne sont d’ailleurs pas prédominants chez Cl. de Seyssel ; c’est avant tout un homme politique aux prises avec un problème pratique, celui du gouvernement national.
– Il est très éloigné des théories abstraites ; au début du prologue de la Grand Monarchie, il expose que beaucoup de philosophes et d’auteurs ont dogmatisé sur le gouvernement de la chose publique, mais on écrit ce que l’on veut, et cela n’entraîne pas beaucoup de suite.
– Aussi n’est-il guère influencé par les spéculations médiévales sur le pouvoir, ni davantage par les systèmes de démocratie ou de tyrannie tirés de l’exemple antique76. Il constate en fait l’existence d’un état monarchique français, et se propose de…

… recueillir sommairement et en briefs langaiges ce que peult servir à la conduicte de la Monarchie de France.

La démarche est la même que celle de Jean de Terre-Vermeille et de Juvénal des Ursins qui, au siècle précédent, avaient fixé les principes de la constitution capétienne ; la même surtout que celle de Commynes qui avait décrit la royauté de Louis XI77.
– C’est ce but pratique qui commande l’utilisation des théories.
– La religion tient une grande place dans le système seysselien ; mais à y regarder de près, elle sert à réaliser des buts de caractère très naturel dans un État qui pose surtout des problèmes d’utilité empirique78.
– La coutume est constamment invoquée, mais dans un dessein précis ; elle sert à la fois à justifier les prérogatives royales et à montrer les sages limites dans lesquelles doit se contourner son action.
– Dans tous les domaines, législatif, judiciaire, fiscal, etc., il y a un point d’équilibre à maintenir entre les autonomies traditionnelles et la centralisation déjà réalisée ; en subordonnant la volonté du roi à la coutume, on évitera les développements excessifs79.

Cl. de Seyssel immobilise pour conserver ; il voudrait arrêter la royauté au stade qui a été le sien pendant les quelques années du gouvernement de Louis XII. On voit qu’il est tout à fait inexact de parler, à propos de la conception seysselienne, de monarchie constitutionnelle ; c’est uniquement parce qu’elle est issue de certaines circonstances et de certaines visées pratiques, qu’elle présente un caractère tempéré. Ce n’est pas une construction doctrinale ; elle ne s’inquiète pas de là nature des droits, mais respecte tous les droits coutumiers. Combinaison entre une formation d’esprit surtout médiévale et des préoccupations empiriques de politique nationale, telle se présente l’inspiration seysselienne.

Comparaison avec quelques auteurs contemporains

Ces constatations permettraient la comparaison, à de nombreux points de vue, avec les auteurs français et étrangers mentionnés plus haut.
– Cl. de Seyssel se rapproche de Thomas Morus et d’Érasme par l’importance donnée à la religion ; mais il ne s’occupe guère de bâtir une théorie de l’État, comme l’auteur de l’Utopie, et il est loin de l’esprit universaliste qui anime l’évangile érasmien ; il ne situe d’ailleurs pas sur le même plan qu’eux les rapports de la religion et de la politique80.
– Parmi les auteurs français, il s’écarte à la fois de l’idéal démocratique d’inspiration médiévale qu’on trouve chez Slemain81, comme aussi bien des préoccupations uniquement absolutistes qui se font jour dans l’œuvre de Ferrault.
– De Budé, il se rapproche par les goûts littéraires, mais politiquement s’inspire beaucoup moins que lui de l’exemple antique82.

Seyssel et Machiavel : oppositions et convergences inattendues

Parmi tous les rapprochements possibles, nous n’en retiendrons qu’un seul, qui s’impose par son importance : la comparaison avec Machiavel83. Elle a été fréquemment esquissée, et on la présente généralement sous la forme d’une belle antithèse. Lemonnier, par exemple, y voit l’image de « l’abîme qui sépare l’Italie de la France »84. En réalité, ici comme ailleurs, il convient de nuancer.
– Les deux auteurs partent d’un problème différent. Machiavel porte tous ses soins sur la politique extérieure ; il s’agit de trouver les procédés politiques qui permettront en fin de compte de libérer l’Italie de ses divisions et de chasser les « Barbares »85. Cl. de Seyssel, au contraire, a en vue principalement le statut intérieur de la monarchie française et les moyens de la maintenir.
– Le penseur florentin recherche les bases de l’État ; il scrute le jeu des passions et des intérêts ; il essaie de dégager des conclusions de portée générale : tous caractères qui sont bien estompés dans la Grand Monarchie.
– Machiavel s’inspire des auteurs antiques pour comprendre les temps modernes ; il rencontre chez eux le jeu puissant des forces populaires et se défie de l’aristocratie.
– Et surtout est particulièrement frappante l’opposition des deux doctrines en ce qui concerne l’importance de la religion. L’auteur du Prince ne voit dans la société que le jeu des forces naturelles ; Cl. de Seyssel, au contraire, écrit :

La Fortune ou, pour parler plus clairement, la Providence divine86.

Le mot de vertu n’a pas chez l’un et l’autre le même sens.

Une fois ces oppositions marquées, il faut attirer l’attention sur le fait qu’il y a aussi entre les deux auteurs bien des points de ressemblance. Séparés dans les vues théoriques, ils se rapprochent souvent en ce qui concerne les problèmes de la politique pratique, qu’ils considèrent sous un angle empirique très remarquable en ce début du XVIe siècle.
– Ainsi Machiavel ne méconnaît pas l’importance de la religion comme facteur de gouvernement ; il lui consacre même d’assez longs passages87. Or, la Grand Monarchie utilise finalement la religion pour des buts très pragmatiques ; l’opposition devient une nuance.
– De même, Cl. de Seyssel connaît assez bien les moyens « machiavéliques », la dissimulation, la ruse, qu’un Érasme flétrissait. Ce qui est particulier chez lui, c’est d’en réserver l’emploi dans les relations extérieures88. Le prince doit être loyal avec ses sujets ; là est le secret de sa véritable autorité ; la déloyauté peut être simplement un article d’exportation.

Oppositions, mais aussi rapprochements, telle se présente la question des rapports entre Cl. de Seyssel et Machiavel.

Il y a plus ; lorsqu’on lit certains passages de la Grand Monarchie, par exemple ceux qui concernent la création d’une infanterie nationale, ou la manière d’organiser une conquête, on est frappé par la concordance étroite de ces vues avec celles développées dans le Prince89.

Et le problème paraît se poser : Cl. de Seyssel s’est-il inspiré du penseur florentin pour le suivre dans certaines solutions de détail, mais s’opposer à lui dans les conceptions d’ensemble90 ? À vrai dire, il n’y a dans la Grand Monarchie aucune citation directe. Mais, par ailleurs, il faut se rappeler qu’elle est postérieure de deux ans à la rédaction du Prince et de certains Discours. D’autre part, Cl. de Seyssel a passé deux mois à Florence, pendant que Machiavel y exerçait les fonctions de secrétaire à la Chancellerie. Et à Rome, en 1543-1514, il a eu des relations étroites avec Francesco Vettori, serviteur politique des Médicis, à qui est adressée la lettre annonçant la composition du Prince et des Discours91. On est bien tenté de conclure que notre auteur a connu l’œuvre de Machiavel, qui fut imprimée plus tard, mais dont beaucoup d’exemplaires circulaient manuscrits dès cette époque92.

Ainsi s’expliquerait la force avec laquelle Cl. de Seyssel met, par réaction contre les tendances nouvelles, l’accent sur l’atmosphère traditionnelle, morale et religieuse du royaume de France. Cette vue nous paraît se confirmer si l’on examine les circonstances qui ont accompagné ou provoqué la rédaction de la Grand Monarchie.

Une réaction contre l’italianisme et les nouvelles influences à la cour de François Ier

Les auteurs qui ont étudié les théories seysseliennes se sont bornés à les analyser en elles-mêmes ou à les comparer avec d’autres œuvres. Cette méthode est insuffisante, car la règle fondamentale pour l’historien est de replacer une doctrine dans les circonstances qui l’ont fait naître.

À ce point de vue les conceptions de Cl. de Seyssel nous apparaîtront, non seulement comme une expression heureuse des caractères fondamentaux de la monarchie française, mais aussi comme une réaction contre certains aspects de l’époque, les hommes et les idées de l’italianisme envahissant, et les tendances nouvelles que manifeste la royauté. Ce qui fait, à notre sens, de la Grand Monarchie un document extrêmement utile pour la compréhension du mouvement des idées et des faits politiques au début du XVIe siècle.

Ce caractère de réaction apparaît nettement si l’on examine les circonstances dans lesquelles l’œuvre a été élaborée, et qui consistent toutes dans une rupture avec la cour, réalisée lors de l’avènement de François Ier. Cl. de Seyssel cesse alors ses fonctions au service de la royauté française et se retire dans son évêché de Marseille, où il arrive le 1er avril 151593. C’est vraisemblablement pendant cette période de trois mois écoulés depuis la mort de Louis XII, que s’est faite la composition de la Grand Monarchie94. C’est ce qu’indique l’auteur dans son prologue, où, pour excuser la rédaction défectueuse de l’ouvrage, il invoque…

… la briefveté du temps que j’ay eu à la faire, qui a esté de deulx moys ou environ, que je vous ay suivy depuis mon retour de Rome jusques à mon partement de court.

Lors de son départ il laisse au roi une sorte de mémoire, assez hâtivement rédigé95.

Cette retraite subite, Cl. de Seyssel l’attribue, dans ce même prologue, à des motifs de piété.

Car moy voulant à présent retirer au service de Dieu et de mon église, comme estat et mon aage le requièrent, et non ayant eu l’espace et le loisir de vous informer…

Ces motifs ont peut-être joué un rôle, mais non déterminant. La véritable raison se trouve dans les changements qui se produisent à cette époque dans l’atmosphère de la cour. Avec Louis XII, père du peuple, finissait une certaine conception de la monarchie. Autour de François Ier, au contraire, s’installent des hommes nouveaux, marqués par l’esprit absolutiste96.

Parmi les compagnons du nouveau roi, beaucoup venaient d’Italie et apportaient avec eux non seulement des goûts littéraires que notre auteur partageait, mais aussi des théories politiques contre lesquelles il s’élevait. Cl. de Seyssel se trouvait sans doute dépaysé, en butte à des rivalités, mal soutenu par le roi ; désabusé, il abandonne ses fonctions après près de vingt années d’excellents services97. La défiance à l’égard des nouveaux venus est manifeste lorsqu’on lit attentivement le Prologue98.

Et combien, Syre, qu’en moy n’ait le scavoir ne l’expérience pour entreprendre si hault ouvrage mesmement non estant natif du royaulme, n’y ayant hanté ne manié ou traicté telles matières par tel et si long temps que je puisse avoir comprins la moindre partie des affaires d’icelluy.

Et plus loin :

cela seroit trop grande arrogance et témérité à ung estrangier et si petit personnage et si peu scavant que je suys.

Or Cl. de Seyssel avait manié sous Louis XII des affaires considérables. Il avait, en outre, sa parfaite connaissance de la langue et de l’esprit français, bien qu’il déclare que certaines gens disent plus en un tour de phrase que lui ne peut penser en un mois. La modestie, lorsqu’elle est trop grande, dévient bien suspecte ; elle est une précaution maligne vis-à-vis de ceux qui…

… trouveraient quelque chose contrariante à leur intention particulière.

Cl. de Seyssel s’élève évidemment contre les influences nouvelles. S’il ne combat pas directement l’œuvre de Machiavel, on peut penser tout au moins qu’il vise ses théories, dont les origines d’ailleurs étaient courantes dans les cités italiennes sous le régime des tyrannies99. Le caractère de réaction contre l’italianisme envahissant est donc très net.

La Grand Monarchie comme mise en garde adressée à François Ier

Il est par contre plus difficile d’apprécier l’œuvre par rapport à François Ier lui-même. Les auteurs qui ont utilisé la Grand Monarchie la considèrent comme un traité des affaires qui aurait été désiré et réclamé par le roi100.

Nous ne partageons pas ce point de vue, et nous y voyons plutôt une sérieuse mise en garde adressée au monarque. Non pas qu’il y ait eu rupture entre le roi et l’évêque ; celui ci dirigeait ses pointes surtout contre les nouveaux conseillers101. Mais l’avertissement, donné sous la forme d’un traité politique, n’en est pas moins net102.

Pour s’en rendre compte, il suffit de comparer la Grand Monarchie avec les écrits antérieurs de Cl. de Seyssel. Jadis il était un panégyriste enthousiaste de la royauté française, à tel point que son Histoire de Louis XII a été très suspecte aux yeux des historiens anciens et modernes103 ; la Grand Monarchie, au contraire, n’a plus rien d’une apologie. Sans doute l’auteur présente la monarchie française comme le type idéal de gouvernement, mais il semble bien que ce soit pour mieux prodiguer ensuite la mise en garde ; toute la deuxième partie du livre est consacrée à ce but.

Fréquemment, il s’élève contre la politique royale, critique les interventions dans la nomination des prélats, la poursuite des conquêtes en Italie, etc…104. La manière même dont sont exaltés les principes traditionnels contient une critique implicite contre les nouvelles tendances. Dans de multiples passages il semble bien qu’il faille lire la Grand Monarchie entre les lignes, comme c’est souvent la règle dans les écrits de ce genre105.

Oh ! sans doute, la critique et l’avertissement restent en général habilement voilés. L’auteur est trop bon courtisan pour ne pas savoir rester modéré, et il n’a pas pratiqué en vain la diplomatie italienne106. Mais le ton général est manifeste. Les préoccupations de piété ont joué en ce sens qu’elles ont élevé la pensée de Cl. de Seyssel, l’ont débarrassé du souci de plaire qui l’avait trop inspiré autrefois, et l’ont amené à parler fermement107.

Conclusion : une œuvre de circonstance, mais une influence durable

Et c’est précisément à ces circonstances qu’il faut attribuer les mérites de la Grand Monarchie. Au moment où Cl. de Seyssel la compose, il est dans un point d’équilibre qui lui permet d’éviter le panégyrique outrancier. Il glorifie le caractère traditionnel de la royauté, qu’il a si bien servie ; et il montre la nécessité de sauvegarder son atmosphère contre les hommes nouveaux et leurs tendances. Et ainsi il atteint à des formules qui ont paru dans l’ancienne France exprimer si parfaitement le système monarchique dans ses aspects essentiels.

L’influence de Claude de Seyssel.

Diffusion et réception de la Grand Monarchie : un succès éditorial

La Grand Monarchie, issue des circonstances occasionnelles que nous avons indiquées, présentait des qualités de conception et de forme qui lui ont assuré une diffusion notable.

La version française originale de 1519, rééditée en 1541 et 1557, a été complétée par plusieurs traductions latines, dues à Sleidan108, et par une autre en langue allemande, de Lauterbeck109.

Dans les éditions de 1541 et 1557 on trouve joint au texte de la Grande Monarchie un petit ouvrage intitulé La loi salicque, première loy des François. On l’a longtemps attribué à Cl. de Seyssel110 ; mais Léopold Delisle a prouvé de façon définitive que ce patronage, était à rejeter ; la Loy salicque a été composée avant 1469 par un auteur resté inconnu111. Le fait en lui-même est cependant important ; il montre en quelle estime était tenue la Grand Monarchie. En joignant les définitions seysseliennes sur le caractère du pouvoir royal et les règles de la transmission de la couronne, on avait une sorte de code de la monarchie française.

Une œuvre inspirante : traductions et appropriations

On s’explique ainsi que la pensée de Cl. de Seyssel ait plus ou moins inspiré un nombre considérable de doctrinaires français du XVIe siècle, qui reprennent ses conceptions ou même souvent copient littéralement ses formules. Les historiens modernes n’ont pas manqué de le remarquer et d’en faire mention ; mais il reste à présenter un tableau ordonné de cette influence112.

La tâche n’est pas facile, car il faudrait, pour être complet, se livrer à une véritable histoire des doctrines politiques ; nous devrons donc nous borner à quelques vues générales113. D’autre part, il convient de remarquer qu’une des raisons du succès de Cl. de Seyssel tient au caractère complexe de sa théorie, où l’on trouve à la fois le principe de la monarchie absolue, mais aussi la nécessité de garder des limitations et des freins.

Il s’ensuit que la conception seysselienne n’exercera pas son influence dans un sens unique. Les auteurs très divers qui s’en inspireront auront tendance à y prendre chacun le point de vue qui lui paraîtra favorable ; et ces utilisations varieront suivant les époques, au cours d’un siècle où les faits impriment aux doctrines de surprenantes transformations.

Une influence limitée sous François Ier et Henri II : l’ascendant des romanistes

Pendant les règnes de François Ier et d’Henri II, l’œuvre de Cl. de Seyssel n’était pas destinée à exercer une grande influence. Le courant, en effet, est nettement de tendance autocratique, profondément marqué par la pensée des romanistes, qui puisent dans leurs textes l’exaltation du pouvoir royal et qui s’efforcent avant tout d’accroître la centralisation administrative.

Tel est le caractère de l’œuvre publiée par Ferrault au début du règne de François Ier, ainsi que des Regalia Franciæ, de Charles de Grassaille114, où l’on trouve l’affirmation que le roi est un Dieu fait homme. Un auteur qui se rattache à cette école, Guillaume de la Perrière, critique vertement Cl. de Seyssel de n’avoir pas vu suffisamment que la royauté française était une monarchie pure, et d’avoir voulu y introduire un mélange d’aristocratie115. La seule réserve que l’on retienne, c’est le souhait que le roi absolu soit aussi bon que possible, à l’image du Grandgousier de Rabelais.

L’influence de Seyssel chez les Politiques : l’exemple de Michel de l’Hôpital

C’est avec la menace des guerres de religion que le problème politique va se poser et les hésitations doctrinales se développer. La pensée seysselienne jouera désormais un rôle de médiation, réunissant tous ceux qui poursuivent l’idéal d’une monarchie « absolutiste modérée » : toute l’école des Politiques s’en inspirera fortement.

Cette influence est particulièrement sensible chez Michel de l’Hôpital. Aux prises avec les grandes difficultés et divisions qui vont secouer le royaume, le chancelier essaie de faire prévaloir une conception à la fois autoritaire et modérée du pouvoir royal, qui s’inspire visiblement des formules seysseliennes116. On a remarqué cette parenté étroite ; G. Weill déclare que « l’Hôpital adopte la théorie de Seyssel »117.

Il faut évidemment apporter à cette appréciation quelques nuances, car il existe entre les deux doctrines un certain nombre de différences. Celle du chancelier est influencée par les tendances autocratiques qui se sont développées et réalisées dans les faits sous François Ier et Henri II. Il place nettement la souveraineté dans la personne du monarque ; en particulier, le roi est pour lui auteur de la loi, tandis que chez Cl. de Seyssel il se présente plutôt comme le gardien et le mainteneur de la coutume traditionnelle.

Ces réserves faites les ressemblances entre les deux auteurs sont nombreuses. L’un et autre insistent sur la nécessité d’une monarchie qui garde des limitations. Tous deux accordent une importance de premier plan à la religion, élément de concorde entre le prince et le peuple. Ils ont enfin le même respect de la tradition, tiennent les nouveautés pour dangereuses, et trouvent le meilleur élément de paix sociale dans le maintien du statut antérieur118.

L’influence seysselienne, très nette chez Michel de l’Hôpital, va s’exercer pendant un quart de siècle sur un grand nombre d’auteurs, qui se réclament de la même conception d’une monarchie très forte, mais éloignée de tout arbitraire.

Du Haillan et Le Roy : deux interprétations divergentes de la théorie seysselienne

Il y a d’ailleurs entre ces auteurs des divergences, qui tiennent surtout à la manière dont ils conçoivent les limitations qui doivent être apportées à l’autorité royale ; nous allons le montrer en examinant deux d’entre eux, Du Haillan et Le Roy.

Du Haillan fait paraître en 1570 l’Estat et succez des affaires de France119. Il veut exposer, comme l’indique l’épître dédicatoire, …

… comment ce royaume est composé, comment la majesté et puissance des rois est limitée par les bonnes lois qu’eux mesmes ont faictes, et auxquelles ils se sont voulus soubsmettre, sans les vouloir outrepasser.

Dans ce but, il s’appuie sur Cl. de Seyssel, dont il reproduit des pages entières, et copie les formules sur les freins et brides qui gardent l’état du royaume de France120. En réalité, il s’éloigne de façon notable de la conception seysselienne, qui repose sur l’auto-limitation du pouvoir royal ; il reconnaît, en effet, une autorité propre aux États généraux, et donne une grande importance au contrôle parlementaire121.

L’inspiration seysselienne est beaucoup mieux conservée chez Louis Le Roy, qui publie en 1570 L’exhortation aux Français et, en 1575, son traité De l’excellence du gouvernement royal122. Le Roy reprend la démonstration que la forme de gouvernement monarchique est la meilleure, insistant en particulier sur l’idée qu’il vaut mieux être soumis à un seul homme qu’à plusieurs, même librement choisis. Cette royauté d’ailleurs ne doit pas être arbitraire ; mais où trouver des limitations à la fois efficaces et raisonnables ? L’auteur rejette l’idée d’organes jouissant d’une autorité propre, qu’il s’agisse des États généraux ou des Parlements ; car le jeu de ces contrepoids aboutit à jeter la discorde dans l’État et à troubler la paix nécessaire. La véritable limitation consistera pour la royauté à entretenir les trois freins ; dans ses Commentaires sur la « Politique » d’Aristote, parus en 1568, Le Roy reproduit des pages entières de la Grand Monarchie. D’une façon générale, il estime que la stabilité du royaume viendra d’un maintien scrupuleux des traditions. Comme Montaigne, il pourrait dire :

Je suis dégoûté de la nouvelleté, quelque visage qu’elle prenne.

Hotman et les tenants de la monarchie limitée : une lecture sélective de Seysse

Les auteurs que nous venons de citer, tout en divergeant sur les solutions pratiques, sont d’accord sur les principes. D’autres théoriciens, au contraire, utilisent Cl. de Seyssel, mais de tout autre manière. Ce qu’ils prennent dans la Grand Monarchie ce n’est pas l’esprit qui l’inspire, mais des exemples qu’ils déforment et des citations qu’ils sollicitent pour leurs propres desseins. Le procédé est très sensible chez Hotmann.

La première rédaction de la Franco-Gallia, en 1573, est surtout consacrée à un exposé historique, ou prétendu tel, de l’ancienne constitution française. Mais dans la quatrième édition, celle de 1586, l’auteur ajoute six chapitres nouveaux, d’allure théorique, destinés à préciser les limitations effectives de l’autorité royale.

Il expose que le royaume formé du peuple assemblé est le corps de la République ; le roi n’est que la tête, il ne détient la souveraineté que lorsque sa volonté s’accorde avec celle du royaume ; domaines du roi et de la couronne sont distincts, etc.123. Cl. de Seyssel peut fournir des arguments en faveur de la thèse d’une autorité monarchique restreinte. Aussi Hotmann le cite-t-il avec beaucoup de louanges en de nombreux passages. Il insiste comme lui sur le rôle que jouent les officiers dans le système français ; il s’appuie sur lui pour montrer l’autorité continuelle du Conseil sous la dynastie capétienne ; il reprend ses développements sur les trois freins, sur celui de la police en particulier, qui empêche le monarque de porter atteinte aux institutions et aux règles confirmées par le temps124.

Visiblement, Hotmann attache une importance exclusive à la place considérable qu’occupent dans la Grand Monarchie les limitations du pouvoir royal ; mais il en ignore ou veut méconnaître le sens exact.

Les absolutistes face à Seyssel : Matharel, Zampini et Belleforest

Dans le clan opposé à celui d’Hotmann se trouvent les tenants de l’absolutisme, qui réagissent contre les thèses du publiciste protestant, non pas en essayant de préciser le caractère traditionnel de la royauté, mais en mettant l’accent de façon presque exclusive sur la toute-puissance monarchique.

Tel est le cas de Matharel, qui en 1575 essaie d’établir une réfutation de la Franco-Gallia125, ou de Zampini dans son traité Des États de France et de leur puissance126. Ces auteurs utilisent Cl. de Seyssel, mais en ne prenant chez lui que le côté absolutiste de ses développements. Ainsi l’influence de la religion, qui, dans la Grand Monarchie, sert à la fois à consolider le pouvoir du monarque mais aussi à le limiter, devient chez Zampini la base d’une théorie du droit divin de la royauté127.

Une meilleure réfutation d’Hotmann fut représentée par les Grandes Annales de France de Belleforest ; on y retrouve les définitions essentielles et les formules sur la royauté non du tout absolue ni restreinte par trop, et en même temps le souci de garder des limitations128.

Nous avons essayé de montrer en quels sens divers s’exerce l’influence seysselienne.

Jean Bodin : entre critique et héritage de la pensée seysselienne

Dans cette brève revue des doctrinaires, il en est un qu’il faut ranger à part, c’est le théoricien des Six livres de la République129. Parmi la masse énorme d’auteurs anciens et modernes qu’il utilise, Bodin rencontre Cl. de Seyssel, et s’inspire de lui, soit pour le critiquer, soit pour le suivre.

À certains points de vue, la synthèse bodinienne est bien différente de la Grand Monarchie. Elle est centrée avant tout sur la construction de l’idée étatique ; Bodin arrive au terme d’un siècle où s’est dégagée peu à peu l’idée de souveraineté, à peine entrevue jusque-là. Il critique fortement les auteurs qui n’ont pas su comprendre le concept de la République et qui ont conçu l’État comme un mélange de formes de gouvernement ; cette condamnation, d’ailleurs excessive, vise De Haillan, et, au delà, son inspirateur, Cl. de Seyssel130.

Mais, par ailleurs, les emprunts de Bodin à la doctrine seysselienne sont importants. Il lui prend sa conception du système monarchique, d’une façon plus sensible peut-être dans le Methodus, mais encore très nettement dans la République, dont les thèses principales, remarque M. Mesnard, sont déjà annoncées par la Grand Monarchie131. Il en est ainsi, par exemple, pour le rôle considérable assigné à la religion.

La puissance absolue du prince est suffisamment équilibrée par le sentiment de la justice qui l’oblige à acquitter en conscience devant Dieu tous les devoirs de sa charge132.

Et jusque dans les détails de la politique diplomatique ou militaire, on peut noter que les emprunts de Bodin à Machiavel semblent s’exercer par l’intermédiaire des développements de la Grand Monarchie133.

Une influence au-delà des frontières : traductions et réception européenne

L’influence de Cl. de Seyssel, si profonde sur les auteurs français du XVIe siècle, et qui se prolongera encore à l’époque suivante134, s’est étendue même à l’étranger. Dans ce domaine, sans doute, elle était beaucoup moins remarquable. Son œuvre avait le caractère d’une analyse de la monarchie française, à un moment de son histoire, et ne visait que fort peu à présenter une théorie d’ensemble de l’État et du pouvoir ; elle ne pouvait avoir la même portée que celle d’un Érasme, d’un Machiavel ou d’un Bodin. Cependant elle contenait certains éléments de valeur générale, comme l’idée du gouvernement tempéré, ou l’importance politique de la religion. On comprend ainsi que les éditions latines de la Grand Monarchie aient connue une diffusion européenne.

En publiant sa traduction de 1548, Sleidan dédiait l’ouvrage au roi d’Angleterre Henri VIII. Sa préface contient un éloge forcé de Cl. de Seyssel, qu’il range à côté des grands penseurs antiques, Platon et Aristote. Dithyrambe de traducteur, sans doute, mais Sleidan avait raison en affirmant que la Grand Monarchie contenait des conseils valables non seulement pour le roi de France, mais aussi pour les autres monarques.

C’est la même pensée qui inspirait Lauterbeck, en dédiant sa traduction allemande au grand-duc de Brandebourg, et en soulignant l’importance des questions de politique religieuse dans le gouvernement des États135.

Conclusion : une doctrine adaptée aux besoins de chaque époque

Chaque peuple, chaque époque, chaque auteur puise dans une théorie ce qui répond à ses préoccupations et à ses desseins. Ce fut le destin aussi de la Grand Monarchie que ses formules aient été détachées du contexte pour prendre une valeur absolue au service de qui les utilisait. Le rôle de l’historien est de replacer une doctrine dans le cadre des faits et des circonstances qui l’ont marquée ; c’est ce que nous avons essayé de faire pour Claude de Seyssel.

Léon Gallet.

  1. La vie de Claude de Seyssel a été étudiée dans l’important ouvrage d’Alberto Cavi– glia, Claudio di Seyssel, la vita nella storia di suoi tempi, Miscellanea di storia italiana, terza serie, Tome XXIII, Turin, 1928. — Sur la vie et les œuvres, il existe deux travaux d’ensemble, celui de Ch. Dufayard, De Claudii Seisselii vita et operibus, Th. lettres Paris, 1893, et celui de Wera-Rabel Lewin, Claude de Seyssel. Ein Beitrag zur politischen Ideengeschichte des XVI Jahrhunderts, Th. Heidelberg, 1932, Cette étude a paru dans les Heidelberger Abhandlungen zur mittleren und neueren Geschichte, Heft 65. — Signalons encore les vingt-cinq pages consacrées à Cl. de Seyssel par Émile Picot au début de son livre Les Français italianisants au XVIe siècle, Paris, 1906.
  2. Sur la famille de notre personnage, voir Marc de Seyssel-Cressieu, La maison de Seyssel, Grenoble, 1900.
  3. Liste des œuvres dans Dufayard, op. cit., VII et VIII, et W.-R. Lewin. op. cit., IX et X. Nous ne mentionnerons dans les notes suivantes que les travaux les plus importants pour notre sujet.
  4. Claudii Seysselii Sabaudiensis, Ludovici XII Gallorum regis consiliarii ac L. L. in Taurinensi academia interpretis celeberrimi Speculum Feudorum…, Basileæ, 1566, in-8°. Sur Cl. de Seyssel jurisconsulte, voir Dufayard, op. cit., pp. 98-102. Sur son activité d’enseignement, Çaviglia, op. cit., pp. 38-57.
  5. Dufayard, op. cit., pp. 91-98 ; W.-R. Lewin, op. cit., pp. 24-30 et 125-131 ; Caviglia, op. cit., pp. 98 et s. — Parmi les multiples traductions de Xénophon. Thucydide, Diodore de Sicile, Eusèbe, Justin, etc., nous relèverons surtout pour notre sujet celle de Appian Alexandrien, Des guerres des Romains, Lyon, 1544. — Sur les traductions seysseliennes, cf. Covecque, Bibliothèque de l’École des Chartes, LV, pp. 509-514.
  6. Les louenges du roy Louis XIIe de ce nom, Paris, 1508, in-4° goth. Réédition sous le titre : Histoire singulière du roy Louis XIIe de ce nom. Paris, 1558 et 1587, petit in-8°. Nouvelles éditions par Godefroy, Paris, 1615 et 1620, in-4°. — Mentionnons encore : L’excellence et félicité de la victoire, que eut le très chrestien Roy de France Louis XIIe… contre les Vénitiens au lieu dit Agnadel, Paris, 1508.
  7. Adversus errores et sectam Valdensium disputationes, Paris, 1520 ; De divina Providentia tractatus tres, Paris, 1518 et 1520 ; Explanatio moralis in primum caput Evangelii divi Lucæ, Paris, 1515 ; De triplici statu viatoris, Paris, 1515.
  8. La Grant Monarchie de France, composée par messire Claude de Seyssel, lors evesque de Marseille, et à présent archevesque de Thurin, adressant, au roy très chrestien François, premier de ce nom… Et fut achevé d’imprimer le 21e jour de juillet de l’an 1519, Paris, petit in-4° goth. — Un manuscrit de l’œuvre se trouve à la Bibl. nationale, FF. 5212. — Deux nouvelles éditions ont été publiées en langue française : La Grand Monarchie de France et la loy salicque, première loy des François, Paris, 1541 et 1557, petit in-8°.
  9. Bien que l’histoire puisse trouver de précieux renseignements dans les théories gallicanes de Cl. de Seyssel, dans ses vues militaires sur l’organisation d’une infanterie nationale, sur la nécessité d’une flotte de guerre, etc…
  10. Allen (J.-B.), A history of political thought in the XVIth century, London, 1928, pp. 275-279.
  11. A. Lemaire, Les lois fondamentales de la monarchie française, Paris, 1907, pp. 71-77 ; R. Doucet, Étude sur le gouvernement de François Ier dans ses rapports avec le Parlement de Paris, Th. lettres. Paris, 1921, pp. 26 et s. ; G. Weill, Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les guerres de religion, Th. lettres Paris, 1892, pp. 11-14. Mention dans H. Lemonnier, Charles VIII, Louis XII et François Ier, pp. 164-165 (Histoire de France de Lavisse). A. Jacquet a étudié l’esprit politique seysselien dans son article « Le sentiment national au XVIe siècle : Cl. de Seysssel », Revue des questions historiques, 1895, pp. 400-440.
  12. Dufayard présente, op. cit., pp. 56-71, des vues assez superficielles. W.-B. Lewin étudie successivement, op. cit., pp. 41-111, l’État, le roi, les ordres, les moyens politiques ; son ouvrage est consacré surtout à l’examen des tendances générales de Cl. de Seyssel, mais marque insuffisamment les rapports des idées avec les faits et les institutions.
  13. Nous citerons la Grand Monarchie par l’indication de la partie et du chapitre ; éventuellement, la mention du folio sera donnée d’après l’édition de 1541.
  14. Fol. 1 r° : « Il faut présupposer sans entrer plus avant en la dispute des philosophes qu’il y a troys sortes et manières de régime politique ».
  15. Fol. 1 v° : « Au regard de l’estat populaire il a toujours esté turbulent et dangereulx et ennemy des gens de bien ».
  16. C’est « le plus louable et raisonnable pour autant qu’il est plus perdurable » (fol. 1 v°).
  17. Fol. 1 v° : « Estant les personnages choisis et esleuz par l’assemblée du peuple ou de partie d’icelluy, et subjectz à correction et mutation ».
  18. Fol. 1 v° ; « Icelluy estat d’aristocratie se convertit bien souvent en oligarchi qui est ung monopole de gens convoyteux et ambicieux ».
  19. Fol. 8 r° : « À tous dangiers et inconveniens peut mieulx remédier et obviere ung seul chief et monarque qu’une assemblée de gens eleus et choisis pour gouverner ». Certains auteurs insistent trop sur l’esprit aristocratique de Cl. de Seyssel ; il se borne en réalité à dire que le gouvernement des Vénitiens est « le mieulx policé et estably que j’ay veu pour estat aristocratique » (fol. 8 r°).
  20. Jellinek, Allgemeine Staatslehre, 3e éd., Berlin, 1922, p. 148.
  21. « Tous les grands États ont esté créés et gouvernés par un seul roy ». Trad. Appien, fol. 1-r°.
  22. Fol. 5 r° : « Ces corps mistiques qui sont à la semblance des corps naturels humains… pour autant qu’ils sont créez et composez des humeurs et éléments contraires ».
  23. « Eadem tamen est semper respublica ; eadem auctoritas neque ex hominum mutatione forma mutatum », Div. Providentia, 109. Cette conception de l’institution monarchique est inspirée chez les auteurs de la théorie de l’Église : « est igitur officio atque ordini tribuenda potestas atque auctoritas, non merito ». Div. Prov., 108.
  24. Fol. 8 r° : « Et si ont esté plus paisibles et moins ont eu de mutations et de dissentions civiles ».
  25. Fol. 11 r° : « Il advient souvent qu’à ung bon et vaillant roy succède ung imbécille entaché de plusieurs vices et imperfections ».
  26. Ainsi Machiavel dans sa Description des choses de France, pp. 731-32.
  27. De même dans les autres œuvres. Ainsi trad. Appien, fol. 1. Le roi a « toute puissance et autorité, de faire ce qu’il veut ». Il est « la fontaine et source de laquelle fluent et descendent tous les ruisseaux de bonne police et justice ».
  28. J. Ferrault, Insignia peculiaria christianissimi Francorum regni numéro viginti. Paris, 1521, in-8°.
  29. Ainsi fol. 15 r°. De même Les louenges, 135 « : la taille qui se lève sur le peuple est arbitraire ».
  30. Trad. Appien, fol. 2.
  31. Cette préface est moins nettement monarchique ; on y trouve la formule que la monarchie « encores est (à tout comprendre)… la plus tolérable et la plus convenable ».
  32. Fol. 11 r° : « La dignité et autorité royale demeure en son entier, non pas totalement absolue ne aussi restraincte par trop, mais réglée et refrenée par bonnes loix, ordonnances et coutumes. Et pour parler desdits freins par lesquels la puissance absolue des rois de France est réglée, l’on en trouve trois principaux, le premier est la religion, le second la justice, le tiers la police ».
  33. On retrouve l’idée augustinienne que la cité temporelle doit imiter la cité céleste : « Ut illius ordinem quatenus potest imitari contendat », Adversus errores…, 71.
  34. Le monarque légitime, « le naturel prince », est lié à Dieu, car il « est esleu et député par la divine Providence à ceste dignité si grande et honorable » (fol. 40 V°). Dieu lui a donné son empire en « charge et gouvernement » (trad. Thucydide, fol. 1). Cette mission divine concerne d’ailleurs l’institution plus que la personne du monarque.
  35. Cl. de Seyssel ne croit guère à l’expansion des forces vitales, à cet instinct et aiguilon qui, d’après Rabelais et beaucoup d’humanistes du XVIe siècle, pousse toujours les hommes à faits vertueux et les retire du vice. Il persiste, au contraire, qu’il faut refréner les passions, éviter de « laisser l’appétit sensuel courir à bride abattue » (trad. Diodore, fol. 1), Il prise avant tout la modération, car l’extrémité est toujours vicieuse. Sur les conceptions morales de Cl. de Seyssel, cf. W.-R. Lewin, op. cit., pp. 30 et s.
  36. Sur l’importance de la justice comme lieu de rencontre entre la puissance souveraine du roi et les droits des sujets, voir M, Pallasse, La Sénéchaussée et Siège présidial de Lyon pendant les guerres de religion, Th. droit Lyon, 1943, notamment les conclusions, pp. 407-412.
  37. Fol. 14 r° et v° : « Entre les parties privées, leur authorité ne peult préjudicier au droit d’aultruy. Ains sont leurs lettres et rescrips subjectz au jugement des dicts parlemens en tel cas, non pas touchant obreption et subreption… mais touchant la civilité et incivilité ».
  38. Voir Doucet, op. cit., p. 21 : « Si le souverain était absolu, c’était un souverain conçu comme un être idéal et permanent, supérieur aux individus qui se succèdent sur le trône. Le rôle des collaborateurs nécessaires était de le protéger contre les entraînements irréfléchis ».
  39. Il mentionne à peine le Grand Conseil, et se borne à indiquer, fol. 27 v° : « En dehors des Parlemens et du Grand Conseil, qui s’occupent de la justice ». La préface de la traduction d’Appien lui donne plus d’importance (fol. 2) : « Surtout sont à priser les cours souveraines, tant celle du Grand Conseil qui est ensuyvant la personne des Roys, que des Parlemens qui sont en diverses provinces du Royaume ».
  40. La préface d’Appien souligne mieux le rôle « temporisateur » des officiels vis-à-vis du roi : « À la longue est force qu’il advienne qu’avant que son commandement déraisonnable soit exécuté, il y ayt temps et moyen pour lui faire changer d’opinion… ».
  41. L’auteur expose fol. 16 t° : « Plusieurs aultres loix et ordonnances y a concernant le bien publique du royaulme qui sont en observance, dont je ne veulx parler pour éviter prolixité ».
  42. Fol. 14 v° : « Et si fault qu’elle soit cogneue et approuvée par les cours souveraines des parlemens et celle des comptes, lesquelles y procèdent si meurement… » Le principe d’inaliénabilité présente au début du XVIe siècle une importance essentielle, car c’est sur lui que les légistes appuient leur effort de concentration ; toute aliénation faite aux dépens des regalia est essentiellement précaire, que ce soit en matière de justice, finances ou tout domaine régalien. Cf. Doucet, op. cit., p. 19.
  43. Sans l’observation de ces règles, il « fault venir à exaction extraordinaire, à foulle et grevance du peuple », (fol. 14 v0).
  44. Cf. Henri Sée, Histoire économique de la France, Paris, 1939, pp. 135 et s.
  45. Sur la théorie des ordres chez Cl. de Seyssel, voir W.-R. Lewin, op. cit., pp. 71-106.
  46. 1re part., chap. XIV ; et 2e part., chap. XVIII-XXI.
  47. Fol. 18 v° : « Aussi le veult bien la raison, tant parce qu’ils sont tenus et obligez à la defense du royaulme, comme dict est, comme aussy qu’ilz sont de meilleure, étoffe et fondez non pas sur leurs mérites et services tant seulement, mais encores sur ceulx de leurs ancestres ».
  48. 2e part., chap. XX : « Comme l’on doibt avoir regard que l’estat de la noblesse ne soit appauvry par les gens des aultres estatz ». Chap. XXI : « Comme l’on doibt rabaisser les pompes ».
  49. 1re part., chap. XV, et 2e part., chap. XXII.
  50. 1re part., chap. XVI, et 2e part., chap. XXIII-XXV.
  51. 1re part., chap. XVIII : « Que la forme de pourvoir aux dignitez et, aultres bénéfices ecclésiastiques par élections et provisions ordinaires et nominations soit entretenue en France, pourveu que l’on en use bien et selon le droit commun » (fol. 21 r°). Seyssel déclare ne pas vouloir prendre parti au sujet de la Pragmatique Sanction.
  52. Il faut une combinaison entre une structure politique centralisée et une structure sociale hiérarchisée. La préface d’Appien expose, fol. 2 : « Qu’à un chacun soit gardée sa prééminence et sa raison selon son estat, et que le chief soit reiglé par bonnes loix et coustumes civiles ».
  53. Fol. 28 r° : « Les grands et communs affaires du royaulme ».
  54. En particulier dans la rédaction des grandes ordonnances de 1499-1510.
  55. Cf. Doucet, op. cit., p. 18.
  56. Voir H. Lemonnier, op. cit., p. 213. Les relations des ambassadeurs vénitiens indiquent que le Conseil des affaires est celui où le roi exerce son pouvoir absolu, et le Conseil privé celui où il exerce son autorité ordinaire.
  57. Cl. de Seyssel n’applique le terme de citoyens qu’aux membres des États de forme aristocratique ou populaire, dans lesquels ils ont participation au gouvernement politique.
  58. Il suffit de remarquer, par exemple, combien sous François Ier le contrôle des Cours souveraines en matière d’aliénations deviendra inefficace.
  59. Il doit, par exemple, donner appétit à ses sujets de toutes sortes de travailler pour acquérir la science (fol. 54 v°).
  60. Fol. 1 v° : « La monarchie est le meilleur tant qu’il y a bon prince qui a le sens, l’expérience et le vouloir de bien gouverner ».
  61. Il faut que le prince montre raison morale, vertu, hardiesse, expérience. Cf. W.-R. Lewin, op. cit., pp. 56 et s., et 116-117.
  62. L’étude de l’histoire est pour le prince la plus convenable, car elle donne « enseignement et documents » (trad. Thucydide, fol. 2). Elle le porte en même temps à agir, car la nature est plus prompte à suivre « exemples que doctrines » (trad. Xénophon, fol. 2).
  63. Les traductions seysseliennes ont, dans une large mesure, un but pratique d’utilité pour les princes. W.-R. Lewin, op. cit., p. 125.
  64. Il s’agit naturellement de Louis XII idéalisé. Ses contemporains, Cl. de Seyssel en particulier, ont vanté sa modération, son esprit d’économie, son sens de la justice. Mais il faudrait pouvoir préciser ce qui dans son règne est son œuvre propre. Cf. H. Sée, Le XVIe siècle, Coll. Clio,p. 177.
  65. Le prince qui suit les conseils seysseliens méritera le titre de « bon roy, de très chrestien, de père du peuple, de bien aymé » (fol. 35 r°). Il évitera les dangers qui menacent ceux qui veulent tenir plus « par ambitieuse et par tyrannique domination qu’en obeyssance filiale et amour paternelle » (trad. Appien, fol. 9).
  66. Le recouvrement de la Terre Sainte par le roi se fera pour l’honneur de Dieu et de la religion chrétienne, et aussi pour la gloire perpétuelle de son nom et de la nation de France (fol. 99 v°). Mêmes formules dans la Victoire contre les Vénitiens, p. 236.
  67. Sur l’importance de ce courant, voir Pierre Mesnard, L’essor de la philosophie politique au XVIe siècle, Th. lellres, Paris, 1936.
  68. 4e partie, chapitre II.
  69. Cl. de Seyssel attache une grande importance aux faits économiques, que ce soit dans la Grand Monarchie ou dans son Histoire de Louis XII. Cf. W.-R. Levin, op. cit., pp. 102-105 ; Jacquet, op. cit., p. 415. On trouve chez lui tous les traits essentiels de la pensée mercantiliste, qui se développera puissamment au XVIe siècle.
  70. Sur cet aspect de l’activité seysselienne, voir l’élude de F. Brunet à propos de la traduction de Justin ; Un projet d’« enrichir, magnifier et publier » la langue française en 1509, Revue d’histoire littéraire de la France, 1894, pp. 27-37. Les traductions semblent à Cl. de Seyssel d’une importance capitale pour fixer la langue française et en faire un instrument national. Ses efforts ont ainsi, avec d’autres, préparé l’ordonnance de Villers-Cotterets de 1539. F. Brunot écrit, p. 37 : « Des conseils aussi précis et autorisés que ceux de Seyssel avaient contribué à faire comprendre aux Valois que généraliser l’emploi de la langue nationale, c’était encore un moyen et un des plus efficaces pour assurer le succès de leur politique ». Hans Noldmayr a eu la patience d’étudier la langue et le style seysseliens dans sa thèse, Die Anwendung des Artikels und Zahlworts bei Claude de Seyssel…, Kempton, 1886.
  71. D’où une certaine conception de l’histoire qui met au premier plan les individus ; par eux se réalise la volonté divine. W.-K. Lewin, op. cit., p. 114.
  72. Il s’agit toujours, comme dans les aspirations de Dante, de « faire passer l’esprit évangélique dans les âmes et autant que possible dans les faits », Les louenges, 156.
  73. L’optimisme religieux est un facteur de conservatisme : « multo melius esse acquiescere ordini a lege dato quam ulterius inquirere », Adv. errores…, 37.
  74. Prologue : « Je n’ay escript chose en particulier que je ne puisse prouver par raison politique, par auctorité approuvée et par exemple d’hystoire auctentique, ainsi que ont faict ceulx qui ont composé les traictez des polices et choses publicques, tant en grec qu’en latin ». Les auteurs cités sont nombreux. Cf. Dufayard, op. cit., p. 67.
  75. Prologue « aux croniques et hystoires que l’on trouve des gestes des François ».
  76. Il fait de même peu de cas des théories de juristes.

    Non pas qu’il manque d’esprit juridique, comme on l’a dit (Lemaire, op. cit., p. 75). Visant un ancien professeur de droit, l’accusation serait sans doute excessive. Mais la Grand Monarchie est un mémoire pratique et non pas un traité en forme.

  77. Bourrilly, Les idées politiques de Commynes, Rev. hist. moderne, II, 1899-1900. Il y a entre les deux auteurs des ressemblances ; tous deux ont la même conception d’une monarchie éloignée de tout arbitraire, croient à l’importance de la religion, portent certains jugements identiques, par exemple sur la politique de Charles VIII (Mémoires de Commynes. L. 5, ch. 19 ; L. 6, ch. 16 ; L. 7, intr.). Hauser (Sources de l’histoire de France, V, p. 130) conjecture que Cl. de Seyssel a peut-être connu le travail de Commynes en manuscrit. — Il y a aussi des différences qui tiennent surtout à l’époque ; l’historien de Louis XI donne à la bourgeoisie et au peuple une importance qui ne se retrouve pas dans la Grand Monarchie.
  78. L’État seysselien ne se réfère pas au droit divin ; il se gouverne par la coutume et l’utilité. Allen, op. cit.. p. 275.
  79. Un passage du Prologue désigne le roi par l’expression significative de « modérateur ».
  80. Voir Mesnard, op. cit., pp. 86-140 (Érasme) et 141-177 (Thomas Morus). Sur les comparaisons possibles avec Cl. de Seyssel, cf. W.-R. Lewin, op. cit., pp. 135-137.
  81. J. Slemain, Libellus de auctoritate ecclesiæ, Paris, 1512, in-4° ; Expositio circa decisionis quæstionum mag. G. Occam…, Paris, 1512, in-80. Slemain place le pouvoir dans la respublica et ne justifie la monarchie que par des exigences pratiques. Cf. Doucet, op. cit., pp. 37-38.
  82. V. L. Delaruelle, Guillaume Budé. Les origines, les débuts, les idées maîtresses, Paris, 1907, in-8°.
  83. Qui vient d’être l’objet de l’admirable livre de A. Renaudet, Machiavel, Paris, 1942.
  84. H. Lemonnier, op. Cit., p. 165.
  85. Renaudet, op. cit., pp. 50 et s., montre l’enchaînement des problèmes diplomatiques, militaires, religieux, etc.
  86. Les louenges, p. 76 ; La victoire contre les Vénitiens, p. 298.
  87. Renaudet, op. cit., pp. 179 et s. : Ch. Benoist, Le Machiavélisme. II, Machiavel, Paris, 1934, p. 393.
  88. Cf. W.-R. Lewin, op. cit., pp. 36-38 et p. 143.
  89. Comparer, par exemple, La Grand Monarchie. 3e part., chap. IV et le chap. XIII du Prince, en ce qui concerne la nécessité d’une infanterie nationale. De même, les deux auteurs insistent sur la nécessité pour le conquérant de faire de fréquents séjours dans les pays soumis. Renaudet, op. cit., pp. 227 et s. ; Grand Monarchie, fol. 96.
  90. A. Chérel, La pensée de Machiavel en France, Paris, 1935, se borne à souligner, pp. 31-32, l’opposition des deux doctrines.
  91. Sur ces points, voir Caviglia, op. cit., p. 326, note 1. La lettre à Francesco Vettori est du 10 décembre 1513. Renaudet, op, cit., p. 72.
  92. P. Villari, Niccolo Maohiavelli e i suoi tempori, Florence, 1877, II, p. 405.
  93. Sur cette époque de la vie de Cl. de Seyssel. voir Caviglia, op. cit., pp. 321 et s.
  94. Certains auteurs, en particulier Picot, op. cit., p. 20, pensent que Cl. de Seyssel composa son œuvre au début de 1516, à la suite de la visite que François Ier fit à la ville de Marseille, et pendant laquelle le roi aurait demandé à l’évêque ses conseils. Mais cette assertion ne s’appuie sur aucune preuve et elle est en contradiction avec ce que dit l’auteur lui-même dans le prologue. De plus, beaucoup de passages de la Grand Monarchie s’expliqueraient difficilement à la date de 1516. Ainsi, lorsque Cl. de Seyssel critique les prélats qui ne résident pas et font scandale, il ajoute : « duquel nombre j’ay déjà esté assez longtemps » (fol. 40 r°).
  95. Une des raisons qui vous font croire à cette hâte affirmée par l’auteur, c’est le style ce l’ouvrage. Lorsque Cl. de. Seyssel en a le temps, il travaille ses phrases, atteint parfois à un sens très exact de la période française, mais souvent aussi copie gauchement la cadence cicéronienne. Dans la Grand Monarchie il se borne à un langage simple et direct, quelque peu teinté par endroits de patois savoisien.
  96. Ainsi Antoine du Prat, « l’un des plus pernicieuse hommes qui furent oncques ». Jacquet, op. cit., p. 419. Il faudrait sans doute prêter aussi attention à l’influence de Louise de Savoie, aux intrigues de laquelle Cl. de Seyssel n’avait jamais voulu participer. R. Maulde de la Clavière, Louise de Savoie et François Ier, Paris, 1895.
  97. Voir, par exemple, sur son activité importante au Ve concile dn Latran de 1513, A. Renaudet, Préréforme et humanisme à Paris. Paris, 1916, pp. 555-556.
  98. Caviglia, op. cit., p. 325, notes 2 et 3.
  99. Allen, op. cit., p. 495.
  100. Ainsi, Picot, op. cit., p. 20 : W.-R. Lewin, op. cit., p. 21.
  101. Il faudrait préciser les relations entre François Ier et Cl. de Seyssel pendant les premiers mois de 1515. Ce dernier assiste au sacre et à diverses manifestations. Picot, op. cit., p. 20. Mais il n’y joue qu’un rôle effacé, Caviglia. op. cit., pp. 326-327.
  102. Caviglia pense, op. cit., p. 315, que ce livre n’aurait pas été dédié au roi, si celui-ci ne l’avait pas requis ou désiré. L’argument ne nous paraît pas convaincant. Si François Ier avait expressément réclamé des conseils, Cl. de Seyssel aurait pu rédiger simplement un mémoire. S’il a choisi la forme du traité, c’est qu’elle permettait de dire beaucoup de choses sans en avoir été prié, et sans non plus avoir l’air de présenter une critique. Il avait l’habitude des dédicaces au souverain ; vers la même époque il adresse au roi un manuscrit d’un de ses ouvrages, la traduction de Xénophon.
  103. H. Sée, op. cit., p. 177 ; Henri Hauser, Les sources de l’histoire de France, 2e part., tome I, p. 129. Les contemporains accusaient Cl. de Seyssel d’avoir fait des panégyriques : « Cela sentait trop sa lucrative », Rozier des guerres, éd. 1529, f. LXXI.
  104. Dans l’affaire du Milanais, il va bientôt prendre le parti du duc de Savoie. Cf. son Discours sur l’acquisition du Milanais, publié par D. Carutti, Memorie delta Reale Academia dette Science di Torino, série II, tome XX.
  105. On pourrait peut-être se demander si, dans la Grand Monarchie, il n’y a pas trace de certaines désillusions éprouvées par Cl. de Seyssel vers la fin du règne de Louis XII, dont les dernières années furent marquées par des déboires en politique extérieure et des difficultés financières. Cl. de Seyssel paraît à cette époque assez découragé. L’avènement de François Ier l’aurait déterminé à coucher par écrit des pensées qui le préoccupaient déjà.
  106. Le début de la deuxième partie du livre est plein de précautions oratoires lorsqu’il s’agit de « demonstrer et declarer les faultes et imperfections qui peuvent estre en ceste monarchie ».
  107. Cl. de Seyssel agira de même à l’égard du duc de Savoie. Le 11 décembre 1519, il lui adresse des remontrances : « L’aage et l’estat en quoy je suis et le debvoir que j’ay à vous et vos subjectz me donnent cette liberté envers vous… ». Caviglia, op. cit., pp. 426 et 534.
  108. De Republica Galliæ et officiis ; adj. est Summa doctrinæ Platonis de Republica et Legibus, Argentorati, 1548 et 1652, in-8° ; Sleidani de IV Summis Imperii, Hanoviæ, 1608, in-8°, Respublica sive status Regni Galliæ ; Leidæ, 1626, in-24.
  109. Liber Regentum… accesserunt Cl. Sesselii libri de offîcio Regum et reipublicæ regni Galliæ… omnia gennanice reddita per Georg. Lauterbeckaim, Lipsiæ, 1572, in -fol.
  110. Ainsi, Œuvres de Brantôme (Soc. hist. France), VII, 49.
  111. Léopold Delisle, Catalogue des fonds Libri et Barrois, p. 253. V. Dufayard, op. cit., p. 36 ; et p. 37, n. 2, l’indication des nombreux manuscrits de la « Loi sallicque » qui se trouve à la Bibliothèque nationale.
  112. Notre but est uniquement d’étudier le rôle que Cl. de Seyssel a joué dans le développement des doctrines ultérieures par sa conception générale du système monarchique capétien. Mais il faut mentionner que son influence s’est exercée de façon sensible sur plusieurs points précis, en particulier chez les théoriciens du gallicanisme. Il semble bien, d’autre part, que la pensée seysselienne ait eu quelques répercussions dans les faits. Nous l’avons noté, chemin faisant, pour la création du Conseil, des affaires par François Ier et pour l’ordonnance de Villers-Cotterets. Mais il s’agit d’un domaine où il serait imprudent de vouloir trop préciser.
  113. Notre exposé sera nécessairement très imparfait, car les circonstances ont grandement entravé nos recherches bibliographiques.
  114. Ch. de Grassaille, Regalium Franciæ libri duo…, Lyon, 1538. Sur cette école absolutiste, voir Allen, op. cit., pp. 280 et s.
  115. G. de la Perrière, Miroir politique. Paris, 1567, in-8°. Son œuvre, composée vers 1555, est en particulier dirigée contre les prétentions parlementaires : « Les parlemens ne brident point nos rois, ains nos rois les brident ». Allen, op. cit., p.284 ; Weill, op. cit., p. 20.
  116. Traité de la réformation de la justice ; dans Œuvres inédites, 2 vol. in-8°. En particulier, II, 59.
  117. Weill, op. cit., p. 47.
  118. Allen, op. cit., p. 293 ; W.-R. Lewin, op. cit, p. 135 : Lemaire, op. cit., pp. 78-81.
  119. Allen, op. cit., p. 374 ; Weill, op. cit., pp. 18 et 189.
  120. Livre II, fol. 78 v°, 80 r°, 87 v°, 89 r°, etc… Bien que le roi « ait toute puissance et authorité de commander et faire ce qu’il veult, si est ce que ceste grande et souveraine liberté est réglée, limitée et bridée par bonnes loix et ordonnances et par la multitude et diversité des officiers », (fol. 78 v°).
  121. Weill, op. cit., p. 180 ; Lemaire, op. cit., p, 86, n. 1. On sent chez Du Haillan l’influence des théories parlementaires développées par Pasquier dans ses Recherches sur la France, livre 1, 1561.
  122. Allen, op. cit., pp. 378-380 ; Weill, op. cit., pp. 180-183.
  123. Mesnard, op. cit., pp. 333-334. Cf. Congny, François Hotmann. La France-Gaule, Paris, l874.
  124. Ed. de 1586, pp. 164 et s. (le conseil) ; 197 et s. (la police) ; 213 (les officiers), etc…
  125. Ad Francisei Hotomanni Franco-Galliam Matharelli… responsio, Paris, 1575, in-8°. Voir dans l’édition de 1666, p. 87-89-91-225.
  126. Zampini, Degli stati di Francia, e delia lor potenza, Paris, 1578, in-8°.
  127. Allen, op. cit., pp. 380-382 ; Weill, op. cit., pp. 189 et s.
  128. Paris, 1579, 2 vol. in-fol. Sa doctrine politique est celle de Cl. de Seyssel. La royauté doit être « non du tout absolue, ne de tout restreinte que le pouvoir lui soit osté », I, fol. 2. Il admet même une limitation plus importante, en reconnaissant l’autorité des États généraux. Weill, op. cit., p. 187.
  129. Cf. Mesnard, op. cit., pp. 473-546. La République est de 1576 ; elle avait été précédée dix ans auparavant par le Methodus, dont une traduction a été donnée récemment par M. Mesnard : Jean Bodin, La méthode de l’Histoire, Alger, 1941.
  130. Liv. II, chap. II, pp. 262 et s. Lemaire, op. cit., p. 118.
  131. Mesnard, op. cit., p. 478.
  132. Abel Lefranc, IVe centenaire de Jean Bodin, p. 403.
  133. Signalé par Allen, op. cit., p. 403.
  134. Ainsi, vers le milieu du XVIIe siècle, Cl. de Seyssel est utilisé par les libéraux, qui combattent l’absolutisme ; comme Cl. Joly, Recueil de maximes, Paris, 1652.
  135. W.-R. Lewin, op. cit., pp. 107-108.
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